Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

21/10/13 à 11:22 - Mise à jour à 11:22

La presse écrite de qualité est loin d'être moribonde!

Dans le monde de la presse, il y a des choses contradictoires qui se passent... D'un côté, on apprend que le patron d'Amazon, le célèbre Jeff Bezos vient d'acheter le Washington Post, ce qui a étonné les observateurs, car que vient faire un homme d'affaire dans le monde de la presse écrite, alors qu'il a réussi dans le business du numérique ?

Et puis, fin de la semaine dernière, on a appris que le groupe français Lagardère allait se séparer d'une bonne partie des magazines qu'il a en portefeuille, pour ne garder que les quelques magazines qui sont rentables et qui ont un avenir numérique !

D'où la question : si même le deuxième éditeur de magazines au monde se débarrasse des titres les moins rentables, pourquoi donc le patron d'Amazon a-t-il mis sur la table 190 millions d'euros pour s'offrir le Washington Post ? Après tout, voilà un journal qui perd 15 dollars sur sa version papier, chaque fois qu'il en gagne 1 sur le numérique, et de plus, sa diffusion papier a chuté de 60% en dix ans, précise Frédéric Filloux, l'un des meilleurs experts des médias numériques.

Eh bien, si le patron d'Amazon a acheté le Washington Post, c'est parce que selon Frédéric Filloux, ce journal lui offre de l'influence. Auprès de qui ? Mais des parlementaires américains qui lisent encore ce journal ainsi que le New York Times ! Jeff Bezos a besoin du Washington Post pour jouer le relais d'influence auprès de ces décideurs politiques. Mais pourquoi faire, direz-vous ? C'est simple, son entreprise Amazon, même si elle cartonne, n'est pas à l'abri d'un texte de loi qui pourrait, par exemple, forcer une entreprise comme elle à rapatrier ses bénéfices aux USA et à ne plus utiliser des paradis fiscaux pour payer moins d'impôts. Ou encore, forcer Amazon à ne plus utiliser certaines données privées de ses clients, alors que ces données sont le moteur même de son business,...

Bref, en achetant le Washington Post, c'est-à-dire un journal vieux de plus d'un siècle, le patron d'Amazon s'est aussi acheté un vecteur d'influence, ce qui prouve que la presse écrite de qualité est loin d'être moribonde ! Et puis, qu'est-ce que payer 190 millions d'euros pour un journal ? C'est à peine la variation en une journée du cours de bourse de l'action Amazon. Autant dire, rien !

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