Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

16/06/10 à 16:49 - Mise à jour à 16:49

La poule aux ½ufs d'or

On craint - et cette crainte est justifiée - que le prochain gouvernement traduise les économies à réaliser en de nouvelles taxes. La Belgique est déjà riche d'un grand nombre d'impôts sur les avoirs mais la palette peut bien sûr encore être élargie.

La poule aux ½ufs d'or

On craint - et cette crainte est justifiée - que le prochain gouvernement traduise les économies à réaliser en de nouvelles taxes. La Belgique est déjà riche d'un grand nombre d'impôts sur les avoirs mais la palette peut bien sûr encore être élargie. L'impôt sur le capital prélevé dans notre pays plane déjà au-dessus de la moyenne européenne. Si on veut encore le majorer, il serait intelligent de viser "l'argent rapide" et non de décourager les investissements dans notre économie.

La Belgique est le musée de tous les impôts connus en ce bas monde. Et nous continuons à enrichir régulièrement notre somptueuse collection. Certains politiciens témoignent d'ailleurs d'un désir inassouvi de rester informés de toute nouvelle forme de taxe, quel que soit l'endroit de la planète où elle est appliquée. L'idée selon laquelle il existe un nouvel impôt capable de résoudre les problèmes budgétaires de notre pays, est très vivace. Un deus ex machina fiscal, en quelque sorte. Or la Belgique connaît la plus forte pression fiscale du monde et les impôts sur le capital se situent déjà au-dessus de la moyenne de l'Union européenne.

D'autre part, on ne peut pas nier que les impôts sur le travail se situent à un niveau encore beaucoup plus élevé. Ce qui explique la demande de déplacer une partie de l'impôt sur le travail vers le capital. Il s'agit cependant d'un exercice d'équilibre difficile : le capital est mobile et peut rapidement quitter le pays. Cela ne se fait plus via des voies détournées ; les capitaux s'expatrient rapidement et de façon parfaitement légale vers des pays où ces investissements sont les bienvenus. Un pays qui perd ses grosses fortunes, voit aussi disparaître la capacité d'investissement dans son économie. On a donc intérêt à ne pas tuer la poule aux oeufs d'or.

Différencier argent rapide et argent lent

Si nous voulons moderniser les impôts sur le capital sans porter atteinte à la croissance, nous devons faire une distinction entre certaines choses :

- Les participations financières ne sont pas la même chose que des participations économiques. Il est caractéristique que la liste des Belges "les plus riches" comporte toute une liste de participations économiques. Des familles détiennent des intérêts dans des entreprises. Ce sont des employeurs durables et des investisseurs dans notre économie. Les viser les inciterait à vendre leurs participations à des groupes étrangers, par exemple. Les entrepreneurs paient les salaires, les cotisations sociales et investissent. Allons-nous encore les décourager davantage ?

- Il y a une grande différence entre l'argent rapide et l'argent lent. Spéculer relève du premier. Epargner durablement relève du second.

- Il faut réserver un traitement correct aux épargnants et investisseurs "blancs". On a trop tendance à n'imposer que ce que l'on connaît et ce qui est proprement déclaré.

- Il existe déjà des règles fiscales qui peuvent requalifier certains revenus d'investissements. Une meilleure perception de l'impôt existant doit être une priorité avant d'établir de nouvelles règles.

De nouveaux revenus pour le Trésor ne constituent pas la solution fondamentale du problème du budget belge. Nous sommes les champions du monde des impôts et cela décourage toute nouvelle initiative. En même temps, nous sommes aussi clairement les champions du monde de l'inefficacité de l'Etat, du gaspillage et du manque d'esprit d'entreprise. Consacrons d'abord notre énergie à remédier à ces carences avant d'inventer de nouvelles taxes.

Un impôt ordinaire sur les plus-values est difficile à organiser et potentiellement disruptif pour les rares investisseurs à long terme que nous avons dans notre pays. Mais un impôt sur les plus-values réalisées sur des bénéfices à court terme est par contre plus simple à organiser. Aujourd'hui, les banques calculent déjà les plus-values à court terme pour un certain nombre de résidents étrangers. L'imposition de ces plus-values au taux du précompte mobilier est une mesure juste et simple. Une telle taxation impose alors les plus-values spéculatives au même taux que les dividendes sans pénaliser ceux qui investissent de façon durable en Belgique.

Réactions : trends@econopolis.be

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