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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

12/06/12 à 09:33 - Mise à jour à 09:33

La mémoire des marchés financiers

Parmi les lecteurs, j'ai une dame qui est professeur d'économie dans une grande université belge. Elle m'incite souvent à ne pas parler des marchés financiers, mais plutôt des acteurs financiers.

Parmi les lecteurs, j'ai une dame qui est professeur d'économie dans une grande université belge. Elle m'incite souvent à ne pas parler des marchés financiers, mais plutôt des acteurs financiers.

Ce que ce professeur d'économie veut dire, c'est qu'à force d'utiliser le vocable "marchés financiers", on finit par croire qu'il s'agit d'un être invisible, sans chair et sans substance. Une sorte d'entité contre laquelle on ne peut pas agir, alors que selon elle, derrière ce vocable de "marchés financiers", il y a des acteurs réels, des personnes physiques identifiées et qui poursuivent des buts bien précis.

Bien entendu, sa remarque est juste, mais si j'utilise ce terme de "marchés financiers", c'est aussi par souci de simplifier les choses et surtout parce que, qu'on le veuille ou non, c'est le terme utilisé par tous les médias.

Si j'en parle aujourd'hui, ce n'est pas pour faire de la sémantique ou jouer au jeu du dictionnaire. C'est pour vous dire que les "marchés financiers" - excusez-moi cher professeur de l'expression - ont aussi une mémoire !

Et à quoi voit-on qu'ils ont une mémoire ? Simple, en regardant le portefeuille que vous proposent la plupart des gestionnaires de fonds ou de fortune : en général, ils vous préconisent d'être à 50% en cash, et à maximum 25 ou 30 % en actions ! Cela veut dire quoi ? Tout simplement que la règle générale aujourd'hui est à la prudence - prudence d'autant plus grande que tous les gains accumulés en Bourse au cours du 1er trimestre - qui je le rappelle a été excellent - tous ces gains ont été complètement annulés par la dernière tempête boursière autour de la Grèce et de l'Espagne !

Trop de crises sont intervenues en trop peu de temps : la capacité d'analyse et d'anticipation des acteurs financiers est aujourd'hui réduite à zéro. L'expert qui vous dit qu'il sait où va la Bourse dans 6 mois est un menteur, rien de plus. C'est ce qui explique le rejet actuel en Bourse de quasi toutes les actions, même les plus solides, même celles avec un avenir prometteur. L'effet mémoire joue en faveur de la quête de la sécurité - les investisseurs préfèrent prêter à du zéro pour cent à l'Allemagne plutôt que de prendre le moindre risque.

Mais cet effet mémoire a aussi quelque chose de positif : à force de subir les crises les unes après les autres, l'effet mémoire joue un rôle d'amortisseur face au pire. En 2008, par exemple, il y a eu 78 séances avec une variation d'au moins 2% par jour, en 2009, il n'y avait plus que 56 séances avec une variation journalière de 2%, en 2011, il n'y en avait plus que 35 et en 2012, il a fallu attendre le 1er juin dernier pour voir l'indice des 500 plus grandes entreprises américaines reculer pour la première fois d'un peu plus de 2% en une seule journée !

Comme quoi à force de prendre des petites doses de poison à très petite quantité, la Bourse finirait presque par en être immunisée.

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