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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

10/10/11 à 09:13 - Mise à jour à 09:13

La double peine des salariés de Dexia

Après le coup de massue de 2008, voilà le coup de gourdin de 2011. C'est ce qu'on appelle la double peine pour les salariés du secteur bancaire. Avouez qu'il y a de quoi être rancunier.

Dexia Banque Belgique est donc nationalisée. On peut tourner cela comme on veut, voici une banque sauvée avec l'argent du contribuable... ou du moins sa garantie. La garantie que tous les Belges se portent garants de l'avenir de Dexia même s'ils ne sont pas clients ou qu'ils ne possèdent pas d'action de cette banque.

C'est à la fois un "ouf" de soulagement dans le sens où le pire a été évité, et pathétique dans le sens où ce scénario de la honte aurait pu être évité en 2008 déjà, lorsque les gouvernements belge, français et luxembourgeois sont intervenus pour sauver une première fois l'ex-banque des communes. Aujourd'hui, l'Etat belge a perdu la face en devenant actionnaire malgré lui d'une banque systémique. Jean-Luc Dehaene est définitivement discrédité, les actionnaires de Dexia ont perdu de l'argent, et quant aux salariés de Dexia Belgique, ils se posent des questions sur leur avenir.

Le secrétaire général du syndicat Setca s'est dit inquiet, ce weekend dans les colonnes de notre confrère Le Soir. Lorsqu'on parle de nationalisation, on parle de 4.800 employés de Dexia Banque, mais aussi des 1.200 du réseau, ceux du réseau indépendant et les 2.500 qui opèrent dans d'autres activités. Cela fait beaucoup de monde inquiet pour son emploi !

Bien entendu, une nationalisation, par définition, gèle les emplois actuels, mais les syndicats ont peur du "second tour", l'après-nationalisation. Il est clair que l'Etat n'a pas vocation à être actionnaire majoritaire d'une banque. Il vient déjà d'en "perdre des tonnes" en étant actionnaire minoritaire de BNP Paribas. Une fois nationalisée, Dexia sera donc revendue à une autre banque européenne. C'est cela que craignent les salariés. Garderont-ils tous leur emploi ? N'y aura-t-il pas des doublons ? La question ne se pose pas aujourd'hui mais demain, dans 18 mois ou un peu plus tard.

L'autre raison d'être furieux pour les salariés, c'est que, pendant des années, on leur a expliqué qu'être actionnaire salarié de Dexia était la panacée. Il fut une époque où 80 % des salariés de Dexia avaient des actions de leur banque. Le dernier rapport annuel démontre qu'ils possèdent encore 1,1 % du capital de la banque. Ce n'est pas énorme mais, individuellement, c'est parfois beaucoup : comme dans d'autres banques, certains salariés avaient placés une partie de leurs économies pour une retraite extra-légale. Les voilà, comme la cigale, dépourvus d'une partie de leurs économies et, en plus, inquiets pour leur emploi.

Après le coup de massue de 2008, voilà le coup de gourdin de 2011. C'est ce qu'on appelle la double peine pour les salariés du secteur bancaire. Avouez qu'il y a de quoi être rancunier.

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