Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

20/12/10 à 10:58 - Mise à jour à 10:58

La dette publique joue-t-elle contre la démocratie ?

Et si la dette publique jouait contre la démocratie ? La question est posée par plusieurs économistes de gauche. Leur thèse est simple : le discours néolibéral est aujourd'hui plus fort qu'hier.

Et si la dette publique jouait contre la démocratie ? La question est posée par plusieurs économistes de gauche. Leur thèse est simple : le discours néolibéral est aujourd'hui plus fort qu'hier.

En sauvant le secteur financier, les gouvernements occidentaux ont automatiquement augmenté leur dette publique. De ce fait, ils sont aujourd'hui à la merci des marchés financiers qui leur demandent de réduire cette dette publique au plus vite. Pour y arriver, les méthodes appliquées sont quasiment toutes les mêmes : on réduit les dépenses sociales d'un côté, on augmente les impôts de l'autre. Autrement dit, le montant élevé de la dette publique permet de prendre des mesures qui, en temps normal, auraient été rejetées par la population. On pourra ainsi reporter l'âge de la retraite ou supprimer les freins à l'embauche.

L'exemple classique est celui de la baisse de 12 % du salaire minimum en Irlande. Si vous demandez le pourquoi cette baisse, on vous répondra que cela permettra de réduire le travail au noir et d'aider les jeunes à trouver un emploi, donc de générer des rentrées fiscales.

Comme le faisait remarquer l'économiste Philippe Askenazy, c'est un argument étrange. Lorsque le salaire minimum irlandais avait été augmenté, on n'avait assisté, pendant cette période, à aucune augmentation du travail au noir ni à aucune dégradation du marché du travail pour les jeunes. En filigrane, la question est donc posée : réduire la dette publique n'est-il pas un prétexte commode pour faire passer l'agenda libéral ou néolibéral de certains gouvernements ?

Le Monde diplomatique s'interroge lui aussi. Prenez l'exemple des manifestations des étudiants en Grande-Bretagne contre le doublement des frais d'inscription à l'université. Là encore, cette augmentation est habillée d'un discours égalitaire : est-il normal que des ménages riches bénéficient d'un droit d'inscription aussi faible ? Non, bien entendu. En revanche, avec ce système, l'Etat réalise des économies et les étudiants les plus pauvres disposent de bourses. Donc, en augmentant - en quelque sorte - les frais pour les plus riches, le gouvernement libéral de David Cameron se montre plus équitable.

Attention, cependant. En attaquant ainsi le côté universel des bourses d'études, ce sera, demain, pour le caractère universel des allocations familiales, et après-demain des pensions. A quoi peut-on aboutir ? Réponse : au même système qu'aux Etats-Unis, où seuls les pauvres bénéficieront des aides sociales. A ce moment-là, ce sera un jeu d'enfant pour les classes plus aisées, exclues de toutes ces prestations, de dire que ces aides "ne profitent qu'aux profiteurs", aux "parasites". On imposera dès lors des contrôles tatillons pour réduire les bénéficiaires de ces aides.

Bref, lorsqu'on dit qu'on va réserver telle aide aux plus démunis, cela revient - paradoxalement - à supprimer à terme cette aide pour tout le monde, y compris pour les plus démunis.

Nos partenaires