Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/08/12 à 17:48 - Mise à jour à 17:48

La crise, défavorable à la peine de mort ?

En Europe, l'abolition de la peine de mort fait partie des décisions qui honorent nos démocraties, en particulier les politiques quand ils ont osé voter en sa faveur alors qu'une partie de la population y était opposée. Mais cette abolition n'a toujours pas traversé l'Atlantique, où aux Etats-Unis, la majorité des 50 Etats y ont toujours recours.

Mais chose étonnante, avec la crise, les Etats américains qui ont encore recours à cette peine barbare vont sans doute la supprimer. Ces cinq dernières années, cinq Etats ont déjà aboli la peine de mort, ce qui porte leur nombre à 17 sur 50. Durant les prochains mois, d'autres Etats américains comme la Californie, le Maryland, le Kansas, le Kentucky ou la Floride vont se pencher sur la question.


Les seuls Etats à ne pas trop se poser la question sont des Etats sudistes ultra-conservateurs comme le Texas, le Mississipi, l'Arizona ou l'Oklahoma qui, eux, continuent imperturbablement à appliquer la peine de mort. Mais même ces Etats vont sans doute devoir changer de politique - et cela, aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est grâce à la crise.


En effet, comme le notait le correspondant du Figaro aux Etats-Unis, à l'heure des restrictions budgétaires, le coût exorbitant de la peine de mort fait débat, y compris auprès des citoyens les plus conservateurs.
En effet, un détenu condamné à la peine de mort coûte 3 millions de dollars par an à la communauté. Or, un détenu en attente de cette peine attend en moyenne 15 à 20 ans avant d'être exécuté. Autrement dit 3 millions de dollars par an fois 15 ou 20 ans, cela revient évidemment très cher.


Mais direz-vous : Pourquoi ce coût et cette attente ? Parce que les condamnés à mort sont seuls dans leur cellule, que leurs repas leur sont apportés, que leurs gardiens sont plus nombreux, qu'il faut en plus compter les tarifs horaires des avocats rétribués souvent à 120 dollars l'heure, qu'il faut compter 1.000 heures rien que pour préparer le dossier, que les appels sont nombreux et que la procédure est très lente. Sans oublier les experts en ADN, les psychiatres, etc.


Bref, un condamné à mort coûte 3 millions de dollars par an, alors qu'un détenu à vie ne coûte "que" un million de dollars d'après le centre d'information sur la peine de mort. En d'autres termes, la peine de mort risque de disparaître, non pas parce que le citoyen américain est devenu plus libéral en la matière, mais parce que ce citoyen est aussi un contribuable et il estime que le prix payé n'en vaut pas la chandelle. D'autant qu'elle a été inventée pour dissuader les futurs meurtriers, or elle ne semble dissuader personne. La crise n'a pas que des mauvais côtés, pour une fois.

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