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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/11/11 à 09:29 - Mise à jour à 09:29

L'euro, véritable enjeu du coup de poker grec

Sans crier gare, sans prévenir ses partenaires ni même son propre ministre des Finances, Georges Papandréou a annoncé qu'il demanderait au peuple grec son avis par voie de référendum.

C'est la consternation, pour ne pas dire autre chose, au plus haut niveau de l'Europe. Alors qu'il a fallu des trésors de diplomatie pour arriver à un accord sur la dette publique grecque le 27 octobre dernier, alors que le secteur bancaire a accepté péniblement de prendre sa perte sur 50 % des obligations grecques qu'il détient en portefeuille, ce plan laborieux, qui devait nous permettre à tous de souffler un peu et de passer enfin quelque mois tranquilles sans soubresauts boursiers majeurs, vole en éclats à cause du Premier ministre grec.

Sans crier gare, sans prévenir ses partenaires ni même son propre ministre des Finances, Georges Papandréou a annoncé qu'il demanderait au peuple grec son avis par voie de référendum. A première vue, c'est une manière de jouer la carte de la démocratie en demandant au peuple ce qu'il pense de ce plan de sauvetage de la Grèce. En réalité, le Premier ministre joue à pile ou face l'avenir de la zone euro !

Soyons clairs, que se passera-t-il en cas de "non" grec ? Sans l'aide européenne, Athènes n'aura sans doute d'autre choix que de sortir de la zone euro. Dans ce cas, la contagion sera difficile à stopper pour les autres maillons faibles de la zone, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Avec ce véritable coup de poker du Premier ministre grec, l'Europe doit se préparer aux cas extrêmes.

Reste que ce coup de poker est aussi destiné aux dirigeants européens, Allemagne en tête, qui voudraient placer le pays sous tutelle économique, ce que les Grecs refusent massivement. En prenant à la gorge les autres pays européens, Georges Papandréou veut donc obtenir des avancées sur ce plan. Quant à la presse de gauche en Grèce, elle pense que le Premier ministre grec met sa propre population face à un "chantage" du style : "Soit vous votez oui, soit le pays entre en faillite."

Que faire si le peuple grec dit "chiche" ? Le Premier ministre grec citera-t-il alors l'écrivain Bertolt Brecht, qui disait : "Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple" ?

En attendant, toutes les valeurs bancaires ont à nouveau connu un mardi noir en Bourse. Le spectre de l'explosion de la zone euro n'est plus une simple hypothèse aujourd'hui. Hélas, trois fois hélas.

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