Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

23/06/10 à 13:49 - Mise à jour à 13:49

L'euro : une lire italienne ou un deutsche mark ?

Les problèmes grecs ont porté un coup à la bonne réputation de la monnaie unique européenne. Selon un consensus général, un euro faible ne serait pas un problème mais une solution. C'est une erreur et ce, pour deux raisons.

L'euro : une lire italienne ou un deutsche mark ?

L'euro vient de faire un sérieux plongeon. Les problèmes grecs ont porté un coup à la bonne réputation de la monnaie unique européenne. Selon un consensus général, un euro faible ne serait pas un problème mais une solution. C'est une erreur et ce, pour deux raisons. Une monnaie faible n'a jamais été une force et d'autre part, les Allemands ne voient pas une monnaie faible d'un bon oeil.

Nouriel Roubini dit tout haut ce que beaucoup d'autres pensent : l'euro doit continuer à s'affaiblir. Il prédit la parité face au dollar US mais dès à présent, d'autres économistes tentent de surpasser Dr Doom, question de pouvoir prendre sa place plus tard. Ils affirment qu'un euro faible serait la solution à beaucoup de problèmes : il allégerait les problèmes des pays du Club Med, soutiendrait les exportations de la zone euro et serait un reflet plus correct de l'économie européenne (faible).

Le cheval de Troie

Revenons-en aux débuts de l'euro. Aucun pays n'aurait renoncé à sa monnaie nationale pour entrer dans une drachme grecque. Tout le monde aspirait un peu à voir sa monnaie devenir un deutsche mark allemand. La Belgique et la France essayaient déjà depuis des années de rester dans le sillage des Allemands. Les Pays-Bas avaient une monnaie forte capable de rivaliser avec la monnaie d'outre-Rhin. Donc, soyons honnêtes : l'euro est devenu un deutsche mark européen (DEM), avec une banque centrale à Francfort, le Néerlandais Wim Dui(t)senberg comme président et l'Allemand Otmar Issing comme chien de garde.

Les pays ont évolué vers le niveau du meilleur d'entre eux : l'inflation s'est orientée à la baisse, la croissance s'est améliorée, la discipline budgétaire sévère est devenue la règle.

L'euro était le cheval de Troie pour réaliser des mesures indispensables mais peu populaires. La monnaie unique européenne a acquis une solide crédibilité et conquis une part de marché en tant que monnaie de réserve.

Extension trop rapide

L'extension trop rapide de la zone euro a été une décision politique erronée. Manifestement, on n'en a pas encore pris conscience car au milieu de la crise actuelle, on a encore intégré l'Estonie. L'euro se trouve aujourd'hui à un carrefour : allons-nous assouplir les normes et opter pour l'approche "lire" ou bien allons-nous maintenir la discipline et faire en sorte que l'euro reste un DEM ? Jusqu'à présent, l'euro s'est comporté comme le deutsche mark face au dollar américain et a été une monnaie forte de facto. Si nous choisissons l'approche italienne (dévaluation compétitive, création d'inflation, dérapage budgétaire), il deviendra une monnaie faible. La différence entre un euro à 0,80 et à 1,50 par rapport au dollar.

Cependant, nous savons qu'une monnaie faible n'est pas une solution durable aux problèmes structurels. Les dévaluations entraînent aussi une hausse du coût des importations des matières premières, une hausse des taux d'intérêt et un comportement moins compétitif. L'Allemagne avait une monnaie forte et des exportations solides. Il n'y a rien qui étaye la thèse selon laquelle une monnaie faible résout les problèmes économiques, que du contraire.

L'Allemagne met la barre plus haut

Et l'Allemagne n'a pas l'intention de changer de cap. Elle n'a pas consenti tous ces efforts pour se voir affliger d'une lire. Aussi a-t-elle placé la barre plus haut ces dernières semaines en exigeant des déficits plus bas et une meilleure force concurrentielle. Combien de temps cela durera-t-il avant que des pays pleurent pour pouvoir sortir de l'euro ? Car ne pensez pas que quelqu'un demandera aux Allemands de s'en aller.

Si l'euro veut survivre, ce sera en effet selon la recette teutonne. Une monnaie durable ne peut pas être utilisée de façon abusive pour servir un agenda politique ou pour compenser l'absence de réformes indispensables. Une monnaie faible n'est qu'une drogue douce : elle procure une euphorie temporaire qui fait croire que les problèmes se sont évanouis.

Réactions : trends@econopolis.be

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