Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

11/06/12 à 15:37 - Mise à jour à 15:37

L'Espagne est-elle "sauvée" ou pas ?

100 milliards d'euros : tel est le montant qui va être débloqué par l'Europe pour les banques espagnoles afin de les aider à sortir de l'impact négatif de la crise immobilière espagnole. Tout le monde pousse un "ouf" de soulagement...

100 milliards d'euros : tel est le montant qui va être débloqué par l'Europe pour les banques espagnoles afin de les aider à sortir de l'impact négatif de la crise immobilière espagnole. Tout le monde pousse un "ouf" de soulagement car il fallait sauver les banques espagnoles, et cela, avant que les Grecs ne votent la semaine prochaine. Cerise sur le gâteau, en débloquant ce montant de 100 milliards, la zone euro se met à l'abri d'une contagion financière qui serait provoquée par un vote négatif des Grecs dimanche prochain.

C'est vraiment à reculons, et après avoir nié presque jusqu'au bout qu'elle aurait besoin d'une aide, que l'Espagne, quatrième économie de la zone euro, a finalement accepté le plan européen qui fait d'elle le quatrième pays, après la Grèce, l'Irlande et le Portugal, à recevoir une assistance extérieure.

Le Premier ministre espagnol a joué la carte de la fierté nationale en s'empressant de dire aux médias de son pays que personne n'a fait pression sur lui et qu'il s'est juste contenté de demander un crédit à l'Europe. Mais ce n'est pas tout : le Premier ministre espagnol ainsi que son ministre de l'Economie ont également refusé d'employer le mot "sauvetage" lorsqu'ils ont fini par demander l'aide de l'Europe.

Bizarre, direz-vous. On sauve les banques espagnoles avec l'argent des autres pays européens, mais le Premier ministre espagnol refuse de parler d'un "sauvetage" de son pays ? Oui, sauf que les Espagnols ont jusqu'au bout lutté pour que ce soient les banques espagnoles qui soient directement aidées et non pas l'Etat espagnol. Quelle différence y a-t-il ? Au fond, n'est-ce pas la même chose ?

Eh bien, non. Si cet argent avait été directement versé à l'Etat espagnol pour que celui-ci le reverse ensuite à ses propres banques, l'Etat espagnol aurait été mis sous tutelle de l'Europe comme la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Autrement dit, le versement de cet argent directement à l'Etat espagnol aurait été assorti de plusieurs contreparties pour s'assurer qu'il sera bien remboursé. C'est ce que voulaient les Allemands, qui sont d'accord pour aider les autres, et notamment dans le cadre d'une Europe encore plus fédérale, mais à condition de voir ce que l'on fait de leur argent !

Les Espagnols ne voulaient toutefois pas d'une mise sous tutelle. C'est pourquoi ils ne voulaient pas appeler à l'aide l'Europe. Et les Espagnols ont réussi à convaincre les autres pays de la zone euro de ne pas suivre l'Allemagne, ce qui a permis au Premier ministre espagnol de dire : "Les conditions liées à cette aide de 100 milliards d'euros seront imposées aux banques, et non pas à la société espagnole."

Comme il a obtenu ce qu'il voulait, il a pu partir, le coeur léger, ce dimanche en Pologne, pour assister au match Espagne-Italie dans le cadre de l'Euro 2012. Vue des Etats-Unis ou de l'Asie, notre manière de régler nos problèmes doit sembler totalement exotique.

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