Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

14/03/13 à 10:06 - Mise à jour à 10:06

L'effet boule de neige

C'est la Suisse - une nation brillant généralement par sa discrétion et abritant les quartiers généraux de nombreuses multinationales - qui a commencé la bagarre. Le dimanche 3 mars dernier, un vote populaire donnait 67,9 % des voix en faveur d'une interdiction des parachutes dorés, ces indemnités de départ bien souvent jugées abusives.

Si le texte, proposé par Thomas Minder, un entrepreneur et membre de l'Union démocratique du centre, n'a pas encore valeur légale, la détermination des Suisses pourrait bien convaincre leur Parlement de l'adopter d'ici un an.

Cette détermination semble en tout cas avoir échauffé le Parlement européen, tenu en joue par le commissaire au Marché intérieur et aux Services Michel Barnier depuis des mois, qui a finalement voté, le 5 mars, un accord visant à plafonner les bonus des traders. Fini les rémunérations variables qui pouvaient atteindre 100 fois la valeur du salaire fixe (10 millions de dollars d'extra pour 100.000 dollars de gagne-pain annuel, ce n'est peut-être pas la norme mais c'est loin d'être exceptionnel sur les grandes places financières). La nouvelle réglementation prévoit que les traders ne pourront plus se voir attribuer un bonus supérieur à leur rémunération annuelle - sauf cas particuliers où celle-ci pourra exceptionnellement être doublée. Le message est clair : plus question pour les banques de rémunérer à tort et à travers la prise de risque (et de faire payer le contribuable lorsque le risque s'est mué en krach). Bien sûr, on s'attend à ce que les banques fassent preuve d'ingéniosité pour contourner ou au moins assouplir la mesure, histoire de garder dans leurs rangs les meilleurs éléments. Toujours est-il que le geste est fort. Trop fort pour les Britanniques, qui n'avaient pas vu venir la salve et qui craignent de voir la City prendre un sérieux coup de froid par rapport à Wall Street.

Mais ils n'auront qu'à bien se couvrir, car cet argument (fallacieux) n'arrête pas Michel Barnier, bien décidé à continuer sur sa lancée. Le 9 mars dernier, il proposait publiquement une limitation du salaire des CEO des sociétés cotées de l'Union. Pas question de plafond cette fois, mais bien d'une concertation avec les actionnaires, qui auront le pouvoir de décision quant au montant de la rémunération du dirigeant et de ses éventuelles indemnités de départ - une prérogative laissée jusqu'ici plutôt au conseil d'administration. Bruxelles devrait déposer un paquet de propositions allant dans ce sens d'ici la fin de l'année.

Sale temps pour les traders et les patrons, donc. Mais il était temps ! Combien de scandales n'aura-t-il pas fallu - Jérôme Kerviel et les 5 milliards de dollars qu'il a fait perdre à la Société Générale, Bruno Iksil ou la "baleine de Londres", qui a vidé de 6 milliards les caisses de JP Morgan, sans oublier le scandale du Libor et les parachutes dorés insensés de patrons de banques aujourd'hui inculpés - avant que des mesures concrètes ne soient prises ? D'accord, personne n'aurait cru que l'initiative viendrait de la Suisse, et encore moins que cette dernière prendrait une position aussi radicale. L'effet de surprise est sans doute un préambule efficace à l'effet boule de neige. Michel Barnier, dans sa dernière proposition, est plus malin : en responsabilisant les actionnaires, il atteint son objectif sans mettre à mal les principes de démocratie et de concurrence. C'est dans ce sens qu'il faudra aller à l'avenir : en liant les rémunérations et les bonus à d'autres paramètres que le seul résultat financier, par exemple. Pourquoi pas la sauvegarde de l'emploi, ou encore la satisfaction des employés ? Autant pousser la réflexion à fond. Avant que toutes ces bonnes intentions ne fondent comme neige au soleil.

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