Pierre-Henri Thomas
Pierre-Henri Thomas
Journaliste
Opinion

29/08/14 à 14:08 - Mise à jour à 14:08

L'austérité, oui, mais pas maintenant!

Faut-il se serrer la ceinture à ce point ? Le débat est aussi vieux que la crise. Il n'est toujours pas tranché, en Europe du moins. Et il vient de faire tomber le gouvernement français : son ministre de l'Economie s'est déclaré contre la diminution du plan de relance décidée par son Premier ministre. Chez nous, la question turlupine également les formateurs de notre gouvernement "suédois".

Alors, austérité ou relance ? Certes, la France, dont les gouvernements successifs se sont refusés depuis trois décennies à toute réforme structurelle, continuant de distribuer plus ou moins égalitairement des privilèges entre groupes sociaux, n'a pas un bon profil pour donner la leçon à l'Allemagne sur le terrain de la gouvernance économique. Mais la question est pertinente : était-il sage, au plus fort de la crise, de forcer l'ensemble des pays de la zone euro à se resserrer la ceinture en même temps ?

Car la question n'est pas de savoir si un endettement trop important est malsain - bien sûr qu'il l'est - mais de savoir quand il convient de le combattre. Or, si tout le monde coupe ses dépenses en même temps, ces efforts d'austérité ne servent à rien, sinon à détruire de l'activité économique et accroître le malheur général. Bien avant la Seconde Guerre mondiale, l'économiste britannique John Maynard Keynes le martelait déjà : "La croissance, non la récession, est le bon moment pour prendre des mesures d'austérité".

Mais, pressés par l'Allemagne et la Commission européenne, nous avons fait l'inverse. Depuis cinq ans, l'Europe serpente sur un chemin douloureux parsemé de stagnations persistantes, de taux de chômage inquiétants, de destructions irrémédiables de capacité industrielle et de menaces de déflation. Les pays les plus fragiles, qui ne pouvaient plus se financer sur les marchés, ont été obligés de prendre de terribles mesures pour pouvoir être aidés. En 2011, le Portugal a été poussé à réaliser un effort budgétaire de près de 11 % du PIB, effort fait à la fois de coupes claires dans les budgets publics et d'une hausse de 10 % des impôts ! Les efforts consentis par les populations du Sud ont été terribles : la malaria a refait son apparition, les lits d'hôpitaux ont manqué, on a vu des dames élégantes fouiller les poubelles à Athènes et des enfants espagnols tourner de l'oeil pendant les classes en raison de la faim...

Alors, on dira que ce chemin de croix infligé à l'économie européenne a au moins sauvé son âme et que, désormais, ses finances sont assainies et forment la base d'une croissance future. Eh bien même pas ! L'endettement cumulé (pouvoirs publics, entreprises, ménages) des pays de la zone euro n'a cessé de progresser et est passé de 250 % du PIB en 2006 à 300 % au début de cette année 2014. Et la machine européenne est toujours embourbée. En juin, la croissance de la zone euro n'affichait qu'un piètre 0,7 % par rapport à la même période de l'année précédente. Les fourmis européennes n'ont pas été récompensées. Quelle différence avec ces cigales américaines qui fin juin affichaient une croissance de 4 %. Sans devoir pratiquer de politique d'austérité, les Etats-Unis ont ainsi pu stabiliser leur endettement total à environ 250 % du PIB depuis quatre ans.

L'Europe commence donc à se dire qu'elle n'a pas choisi la politique la plus appropriée. Au symposium de Jackson Hole, qui réunit chaque année dans les montagnes du Wyoming la crème des banquiers centraux, le président de la BCE Mario Draghi a eu, voici quelques jours, comme une révélation : il a invité les pays européens à non seulement mieux coordonner leur politique économique mais aussi à relancer l'investissement public. Il a invité à prendre la mesure des indicateurs budgétaires dans leur globalité au sein de la zone euro, et non plus individuellement par pays. Et comme en écho, la patronne du FMI Christine Lagarde a invité les Allemands à épargner moins et à consommer plus ! L'Europe, en allégeant sa mortelle cure d'austérité, suivrait-elle la politique américaine avec cinq années de retard ?

PIERRE-HENRI THOMAS

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