Johan Van Overtveldt
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Johan Van Overtveldt is hoofdredacteur van Trends.
Opinion

17/06/13 à 15:27 - Mise à jour à 15:27

L'arrogance française coûte cher à l'économie mondiale

Plus que jamais, le sommet du G8 devrait avoir lieu sous le signe de la lutte contre le protectionnisme commercial. Entretemps, le point de vue insensé de la France en matière de politique audiovisuelle prend toute l'Europe en otage.

L'arrogance française coûte cher à l'économie mondiale

© AFP

La préservation du régime international de libre-échange figure à l'agenda du G8, mais il devrait se retrouver tout en haut (cela ne semble malheureusement pas être le cas). Les leaders du G8, qui se compose des États-Unis, du Japon, de la Russie, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, de l'Italie et du Canada, s'installeront à Lough Erne en Irlande du Nord. Il nous semble irréaliste d'organiser une concertation sur les grands problèmes de l'économie mondiale sans la présence d'autorités de poids tels que la Chine, l'Inde et le Brésil. Cependant, le G8, initialement le G7, préserve une tradition qu'il faut manifestement continuer à honorer.

La situation de l'économie mondiale est loin d'être brillante. La zone euro s'englue dans la récession, la croissance aux États-Unis progresse mais continue à décevoir et la situation de la Chine et d'autres pays émergents se dégrade. Le Japon doute de sa nouvelle politique économique Abenomics. En outre, la politique monétaire excessivement expansive causée en premier lieu par la Réserve Fédérale des États-Unis (mais certainement pas uniquement la Fed, la Banque d'Angleterre a peut-être pompé encore plus d'argent frais) jette un voile épais sur l'économie mondiale. La question de l'avenir de cette politique monétaire fait office de fil rouge dans toutes les discussions économiques actuelles et suscite énormément d'incertitude.

L'économie mondiale, décrite très brièvement ci-dessus, n'a absolument pas besoin d'une escalade du protectionnisme commercial. Cependant, une explosion d'interventions protectionnistes a fait dégénérer une récession causée par de graves erreurs de calcul commises sur le plan monétaire dans d'importants pays occidentaux, en véritable dépression (et tous les désastres qui en ont découlé à la fin des années 1930). L'histoire nous a appris que le protectionnisme a tendance à s'aggraver très rapidement.

Or, actuellement aussi, le protectionnisme commercial connaît une ascension spectaculaire. Les données du rapport Global Trade Alert confirment cette perspective peu réjouissante. Simon Evenett, professeur à l'Université de Saint-Gall, s'est penché sur ce rapport récent. Voici quelques-unes de ses conclusions principales :

• En 2013 (jusqu'au mois de mai) 431 nouvelles mesures d'entrave au commerce ont été prises, ce qui constitue une forte augmentation par rapport à l'année dernière. En outre, près de 200 nouvelles mesures sont projetées à court terme.

• Le G8 est responsable de 30% de ces interventions protectionnistes, le G20 de 65%;

• Si on répartit le protectionnisme en quatre grandes zones, l'UE figure parmi les plus grands coupables dans trois zones sur quatre alors que le Canada et le Japon obtiennent un score très bas. La Chine et l'Inde occupent une place dans trois catégories sur quatre du top 10, les États-Unis n'y figurent qu'une seule fois. L'Argentine est également bonne élève en matière de mesures protectionnistes.

Sous ce jour, il est doublement regrettable que les autres membres de l'UE n'aient pas réussi à convaincre la France à adopter un point de vue plus raisonnable sur le secteur audiovisuel. L'exclusion inconditionnelle de ce secteur en vue des négociations avec les Américains sur un nouveau pacte de libre-échange transatlantique constitue une bévue sur toute la ligne. Faire preuve de détermination dans les négociations en matière de politique audiovisuelle est une chose (et même assez défendable), fixer à l'avance et ex cathedra que le sujet ne peut être abordé en est une autre. Nul doute que les Américains seront furieux de cette attitude européenne exigée par la France. À Washington, il est déjà clair que l'exclusion des entreprises européennes des marchés publics américains peut être considérée comme définitive. "With more to come."

Cette arrogance française coûtera cher à l'Europe vu que c'est surtout l'Europe qui gagne à boucler un accord de libre-échange solide avec les Américains. Maintenant, on déroule pour ainsi dire le tapis rouge à la Chine désormais libre de se faufiler entre les deux blocs occidentaux. Depuis l'incident des panneaux solaires, la Chine rêve de mettre au point ces manoeuvres. Et les Américains font comprendre clairement qu'ils sont prêts à s'entendre avec les Chinois.

L'Europe risque de se retrouver totalement sur la touche. Un accord solide avec les États-Unis aurait assigné la Chine à une position beaucoup moins favorable.

C'est loin d'être la première fois que l'UE se retrouve prise en tenaille par la France qui ne semble toujours pas comprendre qu'elle n'est plus une nation de premier ordre, qu'elle n'est qu'à peine une nation de second ordre. En vue du Tour de France, la France fait de plus en plus songer à un cycliste ordinaire qui, pendant un sprint difficile, veut se mesurer à, disons, Peter Sagan. La frustration et le recours aux excuses bon marché en sont les conséquences inévitables. Il est urgent que les autres membres de l'UE se demandent jusqu'à quand ils vont continuer à accepter la mauvaise volonté française.

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