Guy Legrand
Opinion

17/03/10 à 17:44 - Mise à jour à 17:44

L'altruiste parfait !

Les Belges devraient travailler trois ans de plus, déclarait voici peu le ministre des Pensions. Et pendant ce temps, les joyeux drilles de Techspace Aero font grève pour garder les droits supposés acquis, à savoir la prépension à 58 ans. Cherchez l'erreur...

L'altruiste parfait !

© Photonews

Les Belges devraient travailler trois ans de plus, déclarait voici peu le ministre des Pensions. Il faudrait inciter les pensionnés à travailler, au lieu de les en pénaliser, vient de compléter le Premier ministre. Et pendant ce temps, les joyeux drilles de Techspace Aero font grève pour garder les droits supposés acquis, à savoir la prépension à 58 ans. Cherchez l'erreur... Cela étant, comment s'étonner de pareils réflexes quand on a tant usé de la prépension à 54, 52 voire même 50 ans ? Il s'agissait souvent (mais pas toujours !) d'entreprises peu comparables à ce fleuron technologique, mais la distinction n'est visiblement pas à la portée de tout le monde. Et le sentiment d'injustice assez compréhensible.

La nécessité de rendre la population globalement plus active, de manière à ce que l'Etat perçoive davantage de cotisations, notamment pour payer les pensions, fait aujourd'hui presque l'unanimité en Europe. Elle est d'autant moins contestée en Belgique qu'il n'est jusqu'ici pas question de retarder l'âge de la retraite, comme c'est le cas en Allemagne notamment. Et comme c'est déjà d'application en Norvège. Puisque le Belge quitte le marché du travail à 59 ans environ en moyenne, il reste de la marge ! Par contre, le travail des pensionnés souffre encore de fameux préjugés. N'est-ce pas "anormal" ? Moins de 5 % des personnes ayant atteint l'âge de la retraite travaillent encore en Europe. Cette proportion est quatre fois plus élevée en Amérique du Nord, tandis qu'au Japon, un retraité sur deux travaille encore. Aux Etats-Unis, un quart du revenu globalement perçu par les retraités provient du travail ! C'est souvent une obligation plus qu'une volonté et on ne saurait donc s'en féliciter. Mais ce n'est pas totalement "anormal".

Autre image : les vieux prennent le travail des jeunes. Une réflexion spontanée assez compréhensible, mais qui se révèle en totale contradiction avec la réalité. Elle procède d'une vision passive de la réalitééconomique selon laquelle il existerait une quantité de travail donnée, point à la ligne. La même qui a présidéà l'instauration des 35 heures naguère en France. C'est oublier que plus de travail et de revenus génèrent plus d'activité. De toute manière, la réalité de terrain infirme totalement cette croyance populaire : c'est dans les pays où les aînés travaillent le moins, à savoir la Belgique et l'Italie, que le chômage des jeunes est le plus élevé. Il n'y aurait donc pas de lien de cause à effet. Mais ce n'est pas tout : c'est dans les pays où les aînés travaillent le plus, soit aux Pays-Bas et en Scandinavie, que le chômage des jeunes est le plus bas !

Sur un plan tout différent, beaucoup considèrent encore que le payement d'une pension par l'Etat doit interdire un travail rémunéré : n'est-ce pas une fraude, au même titre que le travail (au noir) d'un chômeur indemnisé ? Cette vision des choses aberrante résulte sans nul doute du système de répartition instauré chez nous, comme dans d'autres pays, parce que la guerre avait vidé les caisses. Le système de capitalisation qui prévalait précédemment et qui assure une bonne partie des retraites dans d'autres pays, dont les Pays-Bas, rend évidemment mieux compte de l'investissement réalisé dans la perspective de ses vieux jours. Toucher le produit de son épargne n'a évidemment rien à voir avec la perception d'une allocation de chômage.

Et la solidarité ?, objectent certains. Elle est déjà considérable, voire excessive, par le fait que les pensions sont plafonnées et pas les cotisations : les gros revenus payent en partie "pour rien". Le pensionné qui travaille paie, lui, des cotisations sociales "tout à fait pour rien" ! C'est l'altruiste parfait, qui pratique la solidarité maximale. Et que l'Etat devrait dès lors favoriser au profit du reste de la population.

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