Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

03/04/14 à 10:06 - Mise à jour à 10:06

L'abandon du secret bancaire luxembourgeois, la fin d'une époque

C'est en quelque sorte la fin d'une époque, celle du secret bancaire luxembourgeois. Avec sa mort, c'est une partie du business bancaire luxembourgeois qui s'évapore.

La nouvelle n'a rien d'étonnant pour les experts qui s'y attendaient depuis quelques années, mais tout de même, cela fait bizarre d'entendre, "qu'à la suite de l'introduction de l'échange automatique d'informations, environ 15 milliards d'actifs sous gestion pourraient quitter la place de Luxembourg, soit 5% du total des montants placés en gestion au Grand-Duché".

C'est donc la fin d'une époque, car après des années de blocage, le gouvernement luxembourgeois a finalement annoncé qu'il abandonnait le secret bancaire en donnant, avec l'Autriche, son feu vert à la révision de la loi européenne sur la fiscalité de l'épargne.

En clair, l'échange d'informations fiscales s'étendra désormais aussi aux produits d'assurance, ainsi qu'aux trusts ou aux fondations. Le but d'élargir cet échange d'informations fiscales aux trusts et autres fondations est de viser les véritables destinataires des paiements, qui comme chacun le sait, se cachent parfois derrière ce genre de sociétés-écrans.

Bien entendu, il ne fait pas avoir fait de hautes études pour comprendre que ce passage à l'échange automatique d'informations fiscales devrait également peser sur le niveau de l'emploi dans le secteur financier, qui comme vous le savez, est le moteur central de l'économie luxembourgeoise, et cela, pour une raison évidente : ce secteur bancaire générait à lui seul, un tiers des recettes fiscales en 2013.

Donc, selon les statistiques officielles, il faut s'attendre à la perte d'un bon millier d'emplois dans le secteur financier et sans doute encore 1000 autres sous forme d'emplois indirects. Au fond, ce qui est paradoxal, dans ce genre de pression sur le Luxembourg, c'est qu'une très grosse partie des cadres qui travaillent dans le secteur bancaire luxembourgeois sont des cadres frontaliers belges, français ou allemands. En mettant la pression sur le secret bancaire luxembourgeois, on force en quelque sorte les Luxembourgeois à exporter leur chômage chez les pays voisins. L'autre conséquence, c'est que pas mal de banques luxembourgeoises ont essayé de garder leurs clients belges en créant des structures bancaires en Belgique, officiellement pour les accompagner dans leur retour au pays d'origine, officieusement, pour éviter qu'ils ne tombent dans les "bras" d'une autre banque !

Nos partenaires