Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

30/06/10 à 15:34 - Mise à jour à 15:34

Keynes, l'économiste dont on abuse le plus

John Maynard Keynes est incontestablement l'économiste le plus cité ces deux dernières années mais aujourd'hui, on abuse de ses idées sans vergogne. Keynes est assimilé aux déficits publics autorisés. Et cette version de Keynes est en train de devenir le fossoyeur de la prospérité occidentale.

Keynes, l'économiste dont on abuse le plus

Récemment, les journaux financiers L'Echo et De Tijd ont élu John Maynard Keynes le plus grand économiste du monde. Le Britannique est incontestablement l'économiste le plus cité ces deux dernières années mais aujourd'hui, on abuse de ses idées sans vergogne. Keynes est assimilé aux déficits publics autorisés. Et cette version de Keynes est en train de devenir le fossoyeur de la prospérité occidentale.

On pourrait espérer qu'après la crise de la dette qui a sévi ces trois dernières années, tout le monde ait compris qu'un excès de dettes inflige de lourds dommages à l'économie. Même l'homme de la rue le réalise et contrôle ses dettes personnelles. Mais les responsables politiques ne sont pas conseillés par des mères de famille mais par d'ingénieux consultants, des gens du monde académique voire même des prix Nobel comme Paul Krugman.

Nous citons un extrait d'un article que cet économiste keynésien a publié la semaine dernière : "La politique d'austérité des Allemands ne fera qu'aggraver la crise dans la zone euro et ainsi, l'Espagne et les autres économies sinistrées auront encore plus de mal à se redresser. Les problèmes européens affaiblissent aussi l'euro. D'une manière perverse, cet affaiblissement est bon pour l'industrie allemande mais en même temps, l'Allemagne exporte les conséquences de sa politique de sobriété vers le reste du monde, y compris l'Amérique."

L'épargne est-elle le problème ?

On dirait qu'épargner cause des problèmes, que dépenser est salutaire. Que la sobriété est mauvaise et que la prodigalité est bonne. L'Allemagne qui finance la zone euro et qui permet à la Grèce et aux autres pays du Club Med de rembourser leurs dettes et même à l'Union européenne de payer son fonctionnement, est le croquemitaine. Le seul pays à avoir pris l'agenda de Lisbonne au sérieux, à avoir donné la priorité à la compétitivité et à la croissance à long terme des emplois et qui n'a pas pris part à la folie collective de l'endettement et à la bulle immobilière, serait donc le pays malfaisant, la cause du mal !

C'est ce même Paul Krugman qui a estimé, il y a six mois, que la Belgique des années 1980 était le bon exemple à suivre pour les Etats-Unis dans la prochaine décennie. Qui aurait imaginé cela ?

Les bienfaits d'une croissance lente

Le degré d'endettement moyen dans les pays du G7 dépasse déjà à présent 100 % du PIB. Selon l'OCDE, les déficits resteront supérieurs à 6 % du PIB jusqu'en 2012 dans l'ensemble de la zone et aux Etats-Unis, ils dépasseront 10 % du PIB. Keynes n'a jamais eu l'intention d'encourager les dirigeants politiques à accumuler de gros déficits. Par ailleurs, il estimait qu'il fallait accumuler des excédents dans les périodes fastes. Bref, les théories actuelles ressemblent au keynésianisme comme une vuvuzela à une trompette : les deux font du bruit mais la première n'a ni profondeur ni crédibilité.

Le problème fondamental est qu'aujourd'hui, nous voulons continuer à vivre avec des dettes publiques qui dépassent nos moyens. Le niveau que le monde occidental avait atteint, était en effet artificiel. En privilégiant l'endettement et en transmettant la facture aux petits-enfants, cette politique était une ponction sur l'avenir. Une croissance lente sera plus durable et plus bénéfique. Dans le monde occidental, nous vivons largement au-dessus de nos moyens, en Belgique, dans une proportion de quelque 10 % au moins. Maintenir cette illusion en créant d'importants déficits publics de longue durée est un crime contre la prochaine génération.

Aujourd'hui, les marchés émergents n'ont plus recours à des conseillers occidentaux et le résultat est visible. Si l'on cache les légendes du graphique ci-contre, beaucoup de lecteurs se tromperont en attribuant les courbes. Par leur aveuglement keynésien, les pays occidentaux sont en train d'obtenir collectivement le statut de "camelote" pour leurs emprunts. Ce n'est pas la faute de Keynes mais des faux prophètes qui font un usage abusif de son nom.

Réactions : trends@econopolis.be

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