Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:23 - Mise à jour à 15:23

KBC spécule sur les denrées alimentaires ? Et si nous battions notre coulpe ?

Les banques sont responsables de leurs produits "non éthiques", mais les épargnants les consomment.

KBC spécule sur les denrées alimentaires ? Et si nous battions notre coulpe ?

Les parlementaires belges sont furieux contre la banque KBC. Ils ont découvert, tardivement, du reste, que cette banque proposait un produit bancaire visant à tirer profit de la hausse du prix des denrées alimentaires. Ce produit qui a fait l'objet de publicité dans divers magazines tombe évidemment comme un cheveu dans la soupe quand on sait que 33 pays sont menacés de désordres sociaux, justement à cause de la hausse des prix agricoles (des prix qui ont parfois doublé en moins de trois ans).

La question posée par les socialistes belges et européens est donc simple: peut-on laisser une banque ou une institution financière vendre des produits financiers opportunistes, alors que de l'autre côté de la chaîne, il y a des familles qui ne mangent plus à leur faim? Ainsi posée, la question n'entraîne qu'une seule réponse: non, ce n'est pas possible. C'est la raison pour laquelle ces parlementaires socialistes veulent interdire la diffusion et la promotion de sicav liées aux prix alimentaires.

Mais cette indignation, même si elle est légitime, suffit-elle à tout expliquer? A mon avis non. Le journal suisse Le Temps fait preuve de bon sens en faisant cette remarque: l'indignation à l'égard des pauvres est normale, mais elle devrait se doubler d'une autre indignation, à l'égard des épargnants belges.

Un produit de placement est en effet destiné au moyen ou au long terme. Or, en proposant un produit de placement qui repose sur une vague spéculative sur le blé ou le riz, on n'est pas dans le long terme. Au-delà de l'aspect moral, il y a donc une certaine absence d'imagination chez certains banquiers. Et comme les marchés d'actions ne se portent pas très bien, les épargnants se ruent sur le premier gadget à la mode, en l'occurrence la hausse des matières premières.

C'est ce qui fait dire au journal suisse Le Temps que si le blé et le riz se font rares, il semble que la finance ne connaisse aucune pénurie de moutons. Des moutons de Panurge, bien entendu.

Je m'en voudrais de terminer cette chronique sans dire un mot sur notre propre comportement collectif, un comportement schizophrène. Avez-vous pensé au fait que bien souvent, sans nous en rendre compte, nous demandons à nos gérants de sicav de nous donner le meilleur rendement possible?

Et c'est normal. Comme nous avons peur pour notre pension, nous savons qu'une épargne bien gérée est une poire pour la soif lorsque nous serons à la pension. Mais un meilleur rendement, cela signifie quoi, en pratique? Que tous les gérants de sicav vont investir dans des sociétés d'avenir. Mais aussi dans des sociétés qui serrent leurs coûts au plus près. Et serrer les coûts, cela veut dire aussi parfois licencier des personnes...

De même, lorsque nous avons notre casquette de consommateur, nous voulons des appareils électroniques les moins chers possibles, mais en même temps lorsque nous prenons, notre casquette de salarié, nous sommes contre les délocalisations... Avouez que l'un et l'autre sont incompatibles, et c'est pour cela que je dis qu'une partie de la population est schizophrène sans le savoir.

Quand nous critiquons la KBC, c'est en quelque sorte nous-mêmes que nous critiquons.

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