Guy Legrand
Opinion

13/04/11 à 15:05 - Mise à jour à 15:05

Je rachète, tu fusionnes...

Voici revenu le temps des OPA ! La fin de la crise s'y prête, annoncent depuis l'an dernier nombre de commentateurs financiers, et l'actualité leur donne raison à un rythme accéléré.

Je rachète, tu fusionnes...

© Photonews

Voici revenu le temps des OPA ! La fin de la crise s'y prête, annoncent depuis l'an dernier nombre de commentateurs financiers, et l'actualité leur donne raison à un rythme accéléré. Lundi dernier encore, c'est le français Schneider Electric qui jetait son dévolu sur le groupe américain (bien que basé en Suisse) Tyco International, un géant pesant plus de 22 milliards de dollars. L'arroseur arrosé, en quelque sorte, puisque Tyco, l'enfant terrible du capitalisme boulimique des années 1990 (il possède deux usines en Belgique), se targuait d'avoir réalisé plus de 100 acquisitions en huit ans. Une folle équipée conduite par Dennis Kozlowski, son mentor flamboyant mais un brin indélicat, que la justice envoya en prison en 2005...

La vague des OPA, rachats et autres fusions ne connaîtrait pas de limites ? A voir. Deux éléments peuvent contrarier les desseins des fiancés. Le premier, ce sont les autorités veillant au respect de la concurrence. Schneider, précisément, en a fait l'amère expérience en 2002, quand le mariage - déjà consommé - avec son compatriote Legrand fit l'objet d'un veto de la part de la Commission européenne. Le groupe dut revendre son partenaire avec une perte estimée à 1,8 milliard d'euros, un tiers du prix d'achat. La justice a cassé cette décision en 2007, mais le mal était fait. Il s'agit là d'un cas extrême, mais il est rare que l'union de deux entreprises n'implique pas un dégraissage plus ou moins conséquent. L'achat de Rhodia par Solvay pourrait fort bien donner lieu à quelques affinements de périmètre : en 2002, celui d'Ausimont, une entreprise sensiblement moins importante, avait obligé notre chimiste national à opérer quelques cessions.

L'autre frein aux rapprochements, transnationaux en l'occurrence, ce sont les réactions "patriotiques". Le groupe laitier français Lactalis s'y est heurté fin mars dernier, après avoir déclaré détenir 30 % de son confrère italien Parmalat. Survenant quelques semaines après le rachat du prestigieux bijoutier Bulgari par le tentaculaire LVMH, ce fut la goutte de lait faisant déborder le pot.

Le tollé suscité par-delà les Alpes a débouché sur plusieurs développements fort concrets. Lundi toujours, le tribunal de Parme autorisait Parmalat à postposer son assemblée générale à fin juin, le temps pour elle d'affûter sa défense. Le même jour, le holding public Cassa Depositi e Prestiti annonçait la modification de ses statuts : il pourra dorénavant acquérir des actions d'entreprises nationales présentant un intérêt stratégique. Le lait et le fromage sont donc stratégiques en Italie... exactement comme le yaourt en France. On se souvient en effet du même empressement manifesté par Paris à défendre Danone.

Rien de nouveau sous le soleil, donc, en matière de patriotisme économique ? Oui, justement, mais en Grande-Bretagne, un pays où les prédateurs entraient jusqu'ici comme dans du beurre. La fière Albion n'a pas fermé la porte aux visées étrangères, comme en témoigne l'accord donné le mois dernier au rachat de British Sky Broadcasting par l'Australien Rupert Murdoch.

Celui de Cadbury par l'américain Kraft, l'an dernier, a par contre choqué l'opinion publique et les autorités. Pour deux raisons : la proie a semblé sans défenses et la promesse de maintien d'une usine ne fut pas tenue. Du coup, le UK Takeovers Panel s'est fendu d'un projet de réforme, en consultation jusqu'au 27 mai prochain. Si le pays le plus libéral du monde en matière de rachats de ses entreprises par des groupes étrangers commence à avoir des états d'âme, il est fort possible que les fusions et acquisitions perdent dans une large mesure leur volet le plus spectaculaire et le plus controversé : les OPA hostiles.

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