Guy Legrand
Opinion

12/01/11 à 12:14 - Mise à jour à 12:14

It's the finance, stupid !

Pas de gouvernement ? Tant pis. Mais il faut un budget ! Quoique répondant à une situation belge fort particulière, cette priorité que le roi Albert II a donnée aux chiffres est parfaitement en phase avec l'environnement international qui prévaut en ce début 2011.

It's the finance, stupid !

© Photonews

Pas de gouvernement ? Tant pis. Mais il faut un budget ! Quoique répondant à une situation belge fort particulière, cette priorité que le roi Albert II a donnée aux chiffres est parfaitement en phase avec l'environnement international qui prévaut en ce début 2011. De fait, ce n'est pas la situation économique qui est aujourd'hui au centre des préoccupations. C'est la finance -au sens large- qui nourrit à nouveau les inquiétudes. Dommage, alors même que l'économie fait plutôt bonne figure.

Sur ce plan en effet, même les Etats-Unis ne s'en tirent finalement pas trop mal. Après une litanie de grosses déceptions au printemps et en été, les indicateurs américains ont repris du poil de la bête depuis l'automne. La morosité estivale a dès lors fait place à un optimisme parfois fort marqué. La Belgique non plus ne s'en tire pas mal... du tout, avec une croissance économique attendue de l'ordre de 2 % pour 2010, un chiffre sympathiquement supérieur au 1,7 % prévu dans la zone euro. Loin derrière l'Allemagne (3,3 %), mais devant la France (1,6 %) et les Pays-Bas (1,8 %).

Mais voilà, la finance a repris le dessus, et tous azimuts. Le Brésil, dont le real s'envole face au dollar, a haussé le ton : il ne dénonce plus une guerre monétaire, comme en septembre dernier, mais une guerre commerciale larvée. La Suisse souffre de la même appréciation monétaire et sa banque centrale a subi des pertes de change de 21,2 milliards de francs sur les neuf premiers mois de l'année ! On y évoque les mesures défensives qui furent prises en 1978, dans un contexte semblable, et qu'une dizaine de pays ont d'ailleurs appliquées ces derniers mois en Asie et en Amérique latine.

C'est cependant sur le terrain du risque souverain que le mauvais feuilleton 2010 se poursuit avec le plus de hargne. Alors que la situation de la Grèce et surtout celle de l'Irlande se sont détériorées ces derniers mois sur les marchés, voilà que le Portugal est poussé dans les cordes. Et que la Belgique commence à sortir d'un anonymat bienveillant, pour se retrouver sous la lumière crue de quelques commentaires peu amènes. Ceux-ci pourraient souligner que le déficit budgétaire belge est remarquablement modeste, puisqu'on l'attend à moins de 4,8 % du PIB pour 2010. C'est moins bien qu'en Allemagne, où l'on évoque 3,7 %, mais c'est bien mieux qu'ailleurs ! Sans même évoquer les plus de 9 % de la Grèce et de l'Espagne, les Pays-Bas afficheront plus de 6 %, tandis que la France vient d'annoncer avec fierté qu'elle sera à 7,7 % "seulement" au lieu des 8,5 % attendus précédemment. Vertueuse Belgique...

Le vice retient toutefois davantage l'attention que la vertu, c'est bien connu. Voilà donc notre pays pointé surtout, voire exclusivement, pour sa dette publique équivalant à 100 % environ du PIB. Il est vrai que l'Irlande et l'Espagne sont très en dessous. Il est vrai aussi qu'on s'inquiète en réalité pour notre déficit budgétaire 2011. Sans gouvernement et sans budget "de combat", la Belgique pourrait voir sa position se détériorer par rapport à celle de ses partenaires, qui promettent de gros efforts d'austérité.

En attendant, le taux exigé par le marché pour les obligations à 10 ans de l'Etat belge a dépassé 4,25 % en ce début de semaine, l'écart avec l'Allemagne atteignant 1,40 %, contre 0,5 % environ par temps calme. Et le CDS sur la dette belge, cette assurance contre le risque de défaut, a grimpé au niveau de l'Italie, alors qu'il lui était inférieur d'un quart à la mi-novembre. Après la mini-alerte du printemps, on assiste cette fois à une réelle tension sur la Belgique. Pendant que les téléspectateurs flamands regardent Bart De Wever, les marchés financiers, eux, guettent à présent Yves Leterme !

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