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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/02/11 à 10:47 - Mise à jour à 10:47

Investir au son du canon et vendre au son du violon

En Bourse, ce sont souvent ceux qui gardent la tête froide qui réussissent à faire des coups, d'autres diront que ce sont les plus cyniques qui gagnent.

En Bourse, ce sont souvent ceux qui gardent la tête froide qui réussissent à faire des coups, d'autres diront que ce sont les plus cyniques qui gagnent.

Justement, les cyniques se posent la même question que le Financial Times : il parait que Nathan Mayer Rothschild aurait préconisé d'acheter en bourse "quand le sang coule dans les rues, même quand c'est votre propre sang". Vérification faite par les historiens, cette phrase n'a jamais été prononcée par Rothschild. Mais il n'empêche la question reste : faut-il comme le dit l'adage boursier investir au son du canon et vendre au son du violon ?

Autrement dit, après les troubles, en Tunisie, en Egypte et aujourd'hui en Libye, n'est-ce pas le moment d'acheter des actions occidentales qui ont été matraquées en raison de leur exposition à ces pays ? On pense par exemple à des firmes comme l'espagnole Repsol ou l'italienne ENI qui ont dû suspendre leur production de pétrole en Libye.

Premier constat établi par le Financial Times : l'idée d'acheter des actions au moment où la violence est la plus forte n'est pas saugrenue. Quiconque l'aurait fait JUSTE après les violences indonésiennes du mois de mai 1998 aurait gagné 25% en deux mois. D'autres exemples historiques vont dans le même sens. C'est quand la violence est à son pic qu'il faut acheter. C'est vrai, sauf qu'historiquement on a aussi constaté autre chose : s'il est vrai qu'il y a souvent une hausse momentanée après des violences urbaines ou des débuts de guerre civile, le sang versé dans ces rues peut aussi être le précurseur de quelque chose de pire. L'exemple de Djakarta cité plus haut en est un bon exemple. Après une hausse de la Bourse locale liée à l'avènement de la démocratie, l'indice boursier local a fini l'année dans le rouge. Il s'est passé la même chose avec les emprunts russes en 1918. Dans un premier temps, ils ont grimpé d'un bon tiers, et ensuite, ils ne valaient plus rien, laissant les investisseurs avec juste leurs yeux pour pleurer.

La conclusion pour les plus cyniques est simple : parier sur une issue positive d'une révolution, c'est prendre un pari sur une volatilité anormale du prix de certaines actions qui finira par disparaître, soit en vous procurant des gains substantiels, soit en vous faisant perdre votre culotte. En clair, au-delà de l'aspect moral ou immoral de la chose, parier sur une révolution, c'est un peu comme jouer à la roulette russe.

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