Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

02/02/11 à 12:18 - Mise à jour à 12:18

Inflation alimentaire : une menace pour les régimes politiques

Notre système alimentaire connaît un déséquilibre fondamental qui nécessitera sans doute quelques décennies d'efforts pour être résolu.

Inflation alimentaire : une menace pour les régimes politiques

Les prix alimentaires ont battu un nouveau record absolu. Les prix élevés des matières premières agricoles ne sont pas un phénomène passager. Notre système alimentaire connaît un déséquilibre fondamental qui nécessitera sans doute quelques décennies d'efforts pour être résolu.

En 2007, le Mexique a connu des émeutes en raison de la forte hausse du prix de la tortilla. Cette spécialité date déjà du temps des Mayas et constitue un ingrédient majeur du régime du Mexicain moyen. On avait quelque peu oublié la crise alimentaire de 2007, tout comme le pic pétrolier de 2008. Mais en 2011, les deux opèrent un retour en force. Quatre causes importantes expliquent les prix record d'aujourd'hui.

En premier lieu, il y a la forte pression démographique. Toutefois, la demande de nourriture a moins augmenté à cause de la croissance de la population elle-même (récemment, la population mondiale a franchi le cap des 7 milliards d'âmes) qu'à cause d'une amélioration du régime alimentaire. Plusieurs facteurs jouent un rôle dans cette évolution. L'urbanisation en est un très important. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, plus de la moitié des gens vivent dans des villes. La consommation de calories y est plus élevée qu'à la campagne.

Ceci va de pair avec un deuxième phénomène : l'ascension de la Chine ainsi que d'autres pays asiatiques et latino-américains a tiré un grand groupe de personnes de la misère. L'accroissement du bien-être s'est accompagné d'une forte hausse de leur consommation de calories. Autrefois, les Chinois mangeaient surtout du riz ; à présent, ils apprécient du poulet avec leur riz. Ce changement entraîne un énorme impact sur la demande de nourriture. Le passage à un régime carné a un important effet de levier sur la demande de céréales, un effet qui s'élève même à un facteur 10.

Le changement climatique est une troisième raison majeure qui explique les prix record. Les grandes sécheresses qui sévissent dans certaines parties du monde et les pluies diluviennes qui en affectent d'autres ont eu cette année aussi de très graves conséquences. Les incendies de forêts en Russie et les inondations en Australie en sont deux exemples récents.

Enfin, les biocarburants continuent aussi à revendiquer une part croissante de la production alimentaire. Ce fut d'ailleurs l'une des causes directes de la "crise de la tortilla".

Population affamée = population en colère

La hausse des prix fut un coup dur dans les pays où l'alimentation représente une part importante de la consommation totale. Cela accroît le stress qui pèse sur la population et dès lors aussi sur leur gouvernement. Les pays qui n'ont pas eux-mêmes une production suffisante, se retrouveront sous pression dans les prochains mois. Une population affamée est une population qui se lamente et à mesure que la faim perdure, elle devient une population en colère.

Il n'y a pas de solution rapide à cette crise alimentaire. Depuis 1960, la population mondiale a grosso modo doublé. La surface agricole a augmenté de... 8 % à l'échelle mondiale. Les investissements dans l'agriculture vont connaître un boom. Simultanément, d'importants investissements seront aussi nécessaires dans l'eau potable, une denrée qui pose un autre problème tout aussi aigu.

La crise alimentaire peut avoir de grandes répercussions pour les régimes politiques. Les conséquences peuvent aller loin : une hausse de l'inflation figure parmi les possibilités tandis que la nécessité d'investir dans l'agriculture est une certitude. Au lieu de placer des milliards dans du papier obligataire américain, la Chine ferait mieux d'investir dans une alimentation durable. Pour le régime communiste, la crise en Tunisie et en Egypte, en combinaison avec une alimentation plus chère, constitue un défi existentiel.

Réactions : trends@econopolis.be

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