Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

20/11/17 à 10:45 - Mise à jour à 10:44

L'achat d'une habitation sera-t-il réservé aux enfants de riches ?

Acheter une habitation ne sera bientôt plus possible que pour un public privilégié. Est-ce une vérité ou juste une question ?

L'achat d'une habitation sera-t-il réservé aux enfants de riches ?

© iStock

La déclaration du patron de la banque KBC de la semaine dernière a frappé quelques esprits, dont le mien. Bien entendu, il ne l'a pas dit aussi brutalement, mais en résumé, acheter une maison risque d'être plus difficile pour quelqu'un qui n'a pas de capital de départ !

Johan Thijs, le patron de la KBC a profité de la présentation des résultats trimestriels de sa banque pour "sortir de son texte". Il s'est interrogé publiquement sur les risques liés aux prêts immobiliers en Belgique. C'est évident, il est prudent dans ses propos, mais il est estime en gros que ces prêts hypothécaires ne sont pas ou plus rentables pour le secteur bancaire. Et comme il y a une concurrence féroce sur ce segment, il a peur que cela ne soit néfaste pour l'ensemble du secteur bancaire.

Comme nos lecteurs le savent, à chaque fois qu'une banque prête de l'argent, elle doit avoir un coussin, un matelas financier pour compenser un éventuel défaut. Et plus le crédit est risqué et plus ce matelas doit être rembourré ou important pour filer la métaphore. Pour éviter d'éventuels dérapages à l'avenir, le patron de la KBC a dit publiquement qu'il n'y avait que deux possibilités : soit imposer aux banques un coussin financier supplémentaire lorsqu'elles accordent un prêt hypothécaire avec une quotité élevée, soit limiter le prêt hypothécaire pour les particuliers à un certain pourcentage de la valeur d'achat d'un bien immobilier.

Clairement, le patron de la KBC vise les prêts hypothécaires au-dessus d'une quotité de 80 %. Désormais, il sera plus difficile d'obtenir un crédit de 100.000 euros, par exemple, si vous n'avez pas un apport personnel de 20.000 euros (c'est ça la fameuse quotité de 80%). Par ailleurs, si vous tenez compte également des frais de notaire et des droits d'enregistrement, ce n'est pas de 20.000 euros dont vous aurez besoin sous forme d'épargne, mais 30.000 euros ! Du moins, si vous voulez acheter ce bien de 100.000 euros pour reprendre mon exemple fictif. Autrement dit, pour les jeunes ménages qui veulent devenir propriétaires, l'équation est simple : il faudra soit avoir de l'aide des parents ou de ses proches, soit épargner plus longtemps avant d'acheter, soit acheter un bien plus petit de taille, soit accepter de devenir locataire.

Est-ce à dire que l'accès à la propriété sera réservé à un public de privilégié ? Pas si vite : On en est pas encore là. D'abord, parce que la déclaration du patron de la KBC n'engage que lui et pas l'ensemble du secteur bancaire. Mais ne nous leurrons pas, sa déclaration n'est pas innocente, d'autant qu'en plus d'être le patron de la KBC, il est aussi le patron de FEBELFIN, l'association des banquiers de Belgique. Autrement dit, je ne pense pas que sa sortie publique soit le fait du hasard. Par ailleurs, nous n'en sommes pas encore là, car il faudra aussi avoir l'aval du gouvernement pour adapter les nouvelles normes de prudence bancaire, ce qui n'est pas encore acquis. D'autant qu'on entre en période électorale pendant deux ans, et ce gouvernement ne voudra pas apparaître comme bloquant l'accès à la propriété à des Belges qui ont une brique dans le ventre.

Mais soyons réalistes, l'accès à la propriété sera de toute façon plus difficile à l'avenir, ne serait-ce que parce que les taux d'intérêt sur le marché seront à la hausse. Plus les taux d'intérêt seront à la hausse et moins il y aura d'acheteurs et plus il y aura de locataires. Selon toute probabilité, notre marché immobilier va évoluer dans la direction des pays voisins : avec moins de propriétaires et plus de locataires. Mais comme le disait un footballeur célèbre, "chaque inconvénient a aussi son avantage". Et donc, les personnes avec les moyens d'investir dans l'immobilier seront, elles, assurées d'un bon rendement et d'un marché locatif plus dense. C'est la version financiarisée de "Jean qui rit, et Jean qui pleure".

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