Immobilier : la fin du refuge pour les investisseurs ?

22/12/11 à 15:00 - Mise à jour à 15:00

Source: Trends-Tendances

Une hausse structurelle de nos taux d'intérêt aura des conséquences sur les taux hypothécaires, estiment certains experts du secteur immobilier. Cela aura forcément un impact négatif sur le marché du logement. Faut-il y voir la fin de l'immobilier comme valeur-refuge ?

Immobilier : la fin du refuge pour les investisseurs ?

© Thinkstock

Le marché le plus accessible est celui de l'immobilier résidentiel dans notre pays. BNP Paribas Fortis conseille aux clients d'investir principalement dans des projets de construction urbaine neuve, à la pointe des normes actuelles en matière d'isolation et d'énergie.

"Nous savons en effet que la réglementation continuera de se renforcer, souligne Serge Langhendries, spécialiste de l'immobilier au sein du département private banking de BNP Paribas Fortis. La diminution de la taille des familles et le vieillissement de la population soutiendra la demande pour de plus petits appartements. Construire plus petit est également nécessaire pour que l'achat d'un bien reste abordable."

A l'instar de nombreux observateurs du marché immobilier belge, Serge Langhendries juge très élevés les prix de notre immobilier résidentiel, il est vrai, mais il ne décèle aucune bulle. Les institutions internationales, comme l'OCDE et le FMI, pensent différemment : selon les calculs de The Economist, le marché immobilier belge est même le plus surévalué d'Europe. Il a comparé, pour affirmer cela, les prix des habitations avec les revenus et le montant des loyers.

On peut néanmoins relever une faiblesse dans l'analyse de The Economist : le prestigieux magazine ne tient pas compte de l'impact des taux d'intérêt bas. Grâce à ces taux d'intérêt peu élevés, les acquéreurs d'un bien immobilier peuvent souscrire un crédit hypothécaire plus important sans alourdir le fardeau du remboursement mensuel. The Economist reconnaît cela mais souligne à ce sujet que les taux d'intérêt ne resteront pas toujours faibles...

La brusque escalade des taux belges à long terme, mi-novembre, était peut-être un premier avertissement. "Nous avons pu écarter cette menace jusqu'à présent, mais une hausse structurelle de nos taux d'intérêt aura des conséquences sur les taux hypothécaires, confirme Dirk Van den Broeck, administrateur au sein des investisseurs immobiliers Serviceflats Invest et WDP. Les banques ne peuvent pas faire autrement. Cela aura forcément un impact négatif sur le marché du logement. Les candidats à l'achat ou à la construction décideront de différer ou de limiter leurs plans. Rappelez-vous qu'un taux passant de 3 % à 5 % entame les revenus disponibles beaucoup plus qu'une hausse de 8 % vers 10 %."

Du côté d'Immotheker, on mise, "sauf grande surprise", sur une évolution des taux d'intérêt pour les crédits hypothécaires comprise entre 3,75 % et 5,5 % en 2012. John Romain, directeur d'Immotheker, craint de mauvaises surprises : "Si les autorités, comme la Belgique récemment avec les bons d'Etat, collecte encore plus d'argent auprès des investisseurs privés, cela peut affecter le funding bon marché des banques. Les banquiers seront donc contraints, dans cette guerre pour l'épargne, d'augmenter leurs paiements d'intérêt et les taux hypothécaires suivront."

Le vrai danger vient, selon John Romain, du cocktail "crise économique, resserrement du crédit et hausse du chômage". Pour l'instant, cependant, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : "Nous terminons cette année sur un nombre record de prêts hypothécaires."

Laurenz Verledens

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