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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

11/04/16 à 12:21 - Mise à jour à 16:44

Et si on était payé pour emprunter?

Être payé pour emprunter ? Dit comme ça, cela semble trop fou pour être vrai. Pourtant, pour quelques clients de BNP Paribas Fortis et d'ING, ce n'est plus un rêve mais la réalité ! Leur taux d'intérêt hypothécaire est passé sous la barre de 0%.

Et si on était payé pour emprunter?

© iStockphoto

Comment est-ce possible ? Mais parce que les clients de ces deux banques ont conclu un prêt hypothécaire à taux variable, révisable tous les 5 ans par exemple, et aujourd'hui, en 2016, ce taux est devenu négatif.

En fait, il faut garder à l'esprit que le taux d'un crédit hypothécaire ne tombe pas du ciel ou du cerveau de votre directeur d'agence, il est au contraire intimement lié à un indice de référence, en l'occurrence, il s'agit d'obligations de l'Etat belge. Pour le moment, comme vous le savez, l'Etat belge emprunte à des taux négatifs sur les marchés financiers. Donc, les crédits hypothécaires révisables à 5 ans ne font que tenir compte de cet indice qui est lui aussi devenu négatif. Voilà pourquoi quelques clients chez BNP Paribas et ING ont la chance de ne plus devoir payer d'intérêt à leur banque.

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La Belgique est devenue le deuxième pays à rémunérer des emprunteurs pour leurs crédits hypothécaires.

Mais attention, si le taux d'intérêt est négatif, cela ne veut pas dire que la banque verse de l'argent chaque mois sur le compte de ces quelques clients chanceux. Non, car ces clients ne remboursent pas seulement des intérêts mais également du capital. Comme le font remarquer mes confrères de l'Echo, si un client devait rembourser tous les mois 500 euros en capital, il ne devra désormais payer que 490 euros si l'avantage représenté par le taux négatif s'élève à 10 euros ! C'est donc fou, après le Danemark, la Belgique est devenue le deuxième pays à rémunérer des emprunteurs pour leurs crédits hypothécaires.

Mais il ne faut pas se mettre à rêver, cette situation reste très marginale. De l'avis même des banques concernées, la situation actuelle ne concerne que quelques dizaines de leurs clients. Et puis, les banquiers ne sont pas fous, les nouveaux contrats, souvent ceux signés après 2011, excluent très clairement les taux négatifs. Cette situation devrait donc rester exceptionnelle. D'autant que vu la faiblesse des taux, l'écrasante majorité des Belges optent aujourd'hui pour des taux fixes et non pas variables.

Il n'empêche, voir des taux d'intérêt négatifs pour des prêts hypothécaires, même si c'est seulement pour quelques cas, démontre que notre monde économique ne tourne plus très rond... En clair, les taux d'intérêt sont censés rémunérer également le temps. Et ce temps représente la période durant laquelle le prêteur se prive de son capital. Or, avec des taux négatifs, le message est clair : le temps ne vaut plus rien, vu que le prêteur n'est plus rémunéré ni pour sa privation du capital, ni pour son risque. Pire encore, avec des taux négatifs, les marchés disent en quelque sorte que notre avenir est moins bon que notre présent. Des taux négatifs, cela veut dire que demain sera moins bien qu'aujourd'hui.

Tournez cela comme vous voulez, mais c'est une autre définition du pessimisme ambiant, et cela il faut le combattre à tout prix.

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