Twitter face au casse-tête de se trouver un (bon) patron

21/09/15 à 12:11 - Mise à jour à 12:11

La recherche d'un patron permanent traîne en longueur chez Twitter, reflétant et aggravant à la fois la situation déjà difficile du réseau social américain.

Twitter face au casse-tête de se trouver un (bon) patron

© REUTERS

"Chaque jour qui passe, c'est une perte pour l'entreprise", indique à l'AFP Lou Kerner, partenaire chez Flight VC et fondateur du fonds spécialisé Social Internet Fund, évoquant la difficulté d'attirer et de retenir des talents dans cette situation incertaine.

Dick Costolo a démissionné du poste de directeur général depuis plus de trois mois. L'intérim est assuré par un cofondateur, Jack Dorsey, qui partage son temps avec la société de paiements mobiles Square dont il est également patron-fondateur.

Plusieurs fois déjà, des analystes ont affirmé qu'une nomination était imminente. Twitter pour sa part refuse avec constance de commenter l'avancée des recherches.

Certains commencent à s'impatienter, comme l'investisseur Chris Sacca, qui s'est lancé à deux reprises en cinq semaines dans une "tempête de tweets" pour réclamer la confirmation de Jack Dorsey à titre permanent sur le poste.

"Il a le soutien total des acteurs-clés chez Twitter et de ses plus gros investisseurs", affirmait-il encore dans un de ses derniers messages.

Jack Dorsey en directeur général, c'est un scénario que beaucoup d'observateurs ont envisagé dès le départ.

"Si c'était ce que Jack veut, ce que le conseil d'administration veut, ils seraient arrivés à cette conclusion depuis longtemps", relève toutefois Lou Kerner.

Twitter dit vouloir un patron à plein temps. Et Jack Dorsey paraît d'autant moins susceptible d'abandonner les rênes de Square que la société de paiements mobiles se préparerait à entrer en Bourse cet automne.

Baptême du feu

Au fil de l'été, médias et analystes ont envisagé toute une liste de candidats externes plus ou moins réalistes, allant de la numéro deux de Facebook, Sheryl Sandberg, au patron d'AOL, Tim Armstrong, en passant par une haute dirigeante d'Intel, Renée James, ou encore plusieurs responsables de Google.

En cas de recrutement interne, ils ont souvent évoqué Adam Bain, qui supervise les efforts de monétisation et les activités publicitaires de Twitter, ou éventuellement le directeur financier Anthony Noto, un ancien de Goldman Sachs qui pourrait rassurer Wall Street.

Le choix est en réalité assez restreint, avance Robert Enderle, un analyste spécialiste du secteur technologique. "Ils ont besoin d'une série de compétences qu'on trouve probablement seulement à des endroits comme Google ou Facebook, et les deux entreprises ont resserré les rangs autour des dirigeants qui auraient pu prendre le poste."

Le risque est de devoir se rabattre sur quelqu'un n'ayant pas beaucoup d'expérience de direction.

"On a vu Yahoo! faire quelque chose de similaire avec Marissa Mayer, et elle est devenue un exemple de ce qu'il ne faut pas faire", commente Rob Enderle, en référence aux désillusions des investisseurs après trois ans d'efforts infructueux de la patronne du groupe internet pour en relancer la croissance.

"Il est aussi possible que les gens qu'ils ont identifiés ne soient pas intéressés", reconnaît Lou Kerner.

"C'est un poste très dur à occuper" et dont le titulaire va se retrouver "sous les projecteurs", fait-il valoir. "C'est difficile de trouver quelqu'un avec les bonnes qualifications et expériences, et qui est prêt à se jeter dans le feu."

Le futur patron aura en effet la lourde et urgente tâche de repenser la stratégie d'un groupe pris depuis longtemps dans les turbulences.

L'euphorie autour de Twitter n'a guère duré après son entrée en fanfare à Wall Street début novembre 2013. Rapidement, les investisseurs se sont inquiétés des perspectives de croissance.

Le groupe a lui-même reconnu en juillet qu'il faudrait "un temps considérable" pour étendre son audience, qui plafonne autour de 300 millions d'utilisateurs. L'action est même tombée brièvement cet été sous son cours d'introduction.

Les problèmes de Twitter ne se règleront pas sans "un important changement du produit", prévient Lou Kerner, un virage stratégique qu'il faudra toutefois opérer avec doigté pour ne pas perdre les utilisateurs existants.

Avec l'AFP

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