Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

09/04/15 à 14:18 - Mise à jour à 14:17

Quand les réseaux sociaux nous appauvrissent l'esprit bien plus qu'ils ne nous l'ouvrent...

Il n'a pas fallu attendre le dernier clip de Stromae - la célèbre aria de Carmen revisitée en une critique acerbe des réseaux sociaux - pour prendre conscience de l'énorme influence de ces derniers dans nos vies. Mais notre star nationale a le don de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, et sa voix a le mérite de porter loin.

Quand les réseaux sociaux nous appauvrissent l'esprit bien plus qu'ils ne nous l'ouvrent...

© Reuters

Lui-même incarne parfaitement l'ambivalence des relations que le commun des mortels entretient avec ces nouveaux géants de la com': reconnu comme le maestro incontesté de l'autopromotion via les réseaux sociaux, Stromae ne se gêne pas pour les dézinguer magistralement - ramassant au passage encore près de quatre millions de vues sur YouTube.

Le pire et le meilleur des réseaux sociaux se retrouvent finalement dans un seul mot: popularité. Populaires, ils le sont incontestablement devenus ; fin 2014, Facebook comptait 1,39 milliard d'utilisateurs actifs dans le monde. Mais ce qu'on leur reproche n'est pas tant leur intrinsèque popularité que le fait que les réseaux sociaux nous font insidieusement aimer ce qui est populaire.

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Quand les réseaux sociaux nous appauvrissent l'esprit bien plus qu'ils ne nous l'ouvrent...

Ainsi donc, les algorithmes utilisés par Google pour trier l'information donnent une prime à la popularité: plus un terme est recherché, plus les articles qui l'évoquent scorent haut dans les résultats de recherche. Corollaire: dans les newsrooms des différents médias, pour maximiser le nombre de pages vues, on poste en priorité des articles traitant du sujet "qui monte" dans Google, ce qui ne fait évidemment qu'amplifier le phénomène.

La récente annonce de Facebook suggérant que sa plateforme pourrait à l'avenir héberger directement les contenus des médias ne risque pas de mettre un frein à cette course à la popularité: déjà, dans le fil d'actualité des Facebookers, les articles fréquemment partagés ont la cote. Mais si le réseau social obtient carrément le contrôle des contenus médiatiques, leur diffusion risque d'être soumise à des règles bien plus obscures encore.

Ce triste constat vaut en réalité pour toutes les plateformes de partage d'information qui pullulent actuellement sur Internet et qui utilisent la notoriété comme critère de tri principal. Prenez par exemple AngelList, ce site américain de mise en relation entre start-up et business angels. Le principe est simple: en tant qu'entrepreneur, vous créez une page à propos de votre projet d'entreprise, dans l'espoir de voir un maximum de visiteurs-investisseurs s'y abonner et, si possible, d'en convaincre un (ou plusieurs) de vous financer. Evidemment, plus une page est suivie, plus elle a de chances de grimper dans le classement des sujets en vogue d'AngelList, cela étant encore renforcé par le fait que les marques d'intérêt sont concentrées dans un laps de temps très court. Les fins stratèges ont donc tôt fait d'élaborer des techniques visant à rendre leurs contenus aussi visibles que possible: dans la foulée de la création de leur page, ils encouragent les membres de leur réseau à partager simultanément un tweet savamment formulé, histoire de faire monter en flèche sa cote de popularité. Autre astuce: divulguer sur sa page un nombre restreint d'informations, de façon à stimuler les questions de la part de ses followers ; le buzz est alors assuré.

Fenêtre géante ouverte sur le monde, les réseaux sociaux sont aussi un énorme entonnoir canalisant nos centres d'intérêt, nos pensées, nos idées sans même que l'on s'en rende compte. Cette convergence nous appauvrit l'esprit bien plus qu'elle ne nous l'ouvre. Cela aussi, Stromae le dit - dans un autre contexte, certes, mais qu'importe : tous les mêmes, tous les mêmes... et y en a marre.

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