Pourquoi Yahoo vire son PDG

08/09/11 à 12:21 - Mise à jour à 12:21

Source: Trends-Tendances

Arrivée pour relancer le portail internet, Carol Bartz est contrainte à partir un an avant la fin de son contrat. Un nouvel échec pour Yahoo qui se cherche toujours un avenir... ou un repreneur.

Pourquoi Yahoo vire son PDG

© PG

Deux ans et demi à la tête de Yahoo et puis s'en va. Le conseil d'administration du portail internet a décidé mardi à l'unanimité de mettre fin aux fonctions du PDG Carol Bartz. Et ce, un an avant la fin de son contrat. "Je suis triste de vous dire que je viens juste d'être virée au téléphone par le président de conseil d'administration", a annoncé l'ex-patronne à ses troupes dans un email au style caractéristique. Une décision manifestement brutale mais pas vraiment surprenante. Elle a d'ailleurs été bien accueillie par les marchés: le cours de bourse de Yahoo bondissait de 6% à l'ouveture de la bourse de New York.

Car le pionnier des portails va aujourd'hui aussi mal qu'à l'arrivée de Carol Bartz. Ou plus exactement, il se cherche toujours un avenir. Principal reproche, un positionnement très vague, qui oscille entre portail de contenus et fournisseur de services high-tech. Au point que même le directeur des produits de Yahoo a du mal à le définir, évoquant l'année dernière "une série d'expériences web fournies sur une variété de terminaux qui donne aux gens ce qu'ils veulent. Et qui relie des annonceurs à une audience mondiale." Pas vraiment mobilisateur. D'ailleurs, les départs de dirigeants se sont multipliés sous l'ère de la PDG. Tout comme l'abandon de services (Altavista, Delicious, Yahoo Buzz...). Et ce n'est pas la poursuite des plans sociaux qui a contribué à améliorer l'ambiance en interne.

Rare point positif du bilan de Carol Bartz, les bénéfices. Soit environ un milliard de dollars en 2010. Mais ils ont été obtenus de façon défensive, en abandonnant les technologies de recherche à Microsoft et en se recentrant sur les contenus. "La réduction des coûts a permis d'en faire une entreprise plus rentable, mais aux dépens de tout projet de croissance, explique Trip Chowdry, analyste chez Global Equities Research. Yahoo se retrouve en panne d'innovation".

Un problème d'autant plus gênant que le coeur du business model est désormais menacé. L'audience s'est en effet érodée au cours des deux dernières années (la durée passée sur les sites du groupe par les internautes américains a ainsi chuté de 33%). Et Yahoo est en passe de perdre son premier rang dans le domaine des bannières publicitaires. Un secteur évalué à plus de 12 milliards de dollars et où sa part de marché devrait tomber à 14,4% en 2010 à 13,1% cette année selon eMarketer. Tandis que Facebook devrait de son côté monter à 17%. Il est d'ailleurs reproché à Carol Bratz de ne pas avoir anticipé la menace. Interrogée en mars 2010 sur CNBC pour savoir si elle voyait Facebook comme un concurrent, elle répondait, un brin méprisante: " Rappelez-moi, quel est son chiffre d'affaires", rappelle cet article du Wall Street Journal.

Elle aurait d'autant mieux fait de se taire que c'est justement la stagnation du chiffre d'affaires qui inquiète le plus chez Yahoo, soit autour de 6 milliards de dollars. Un manque de dynamisme que le groupe explique en grande partie par l'accord conclu avec Microsoft à l'été 2009. Accord négocié par Carol Bartz et qui échangeait la technologie de recherches de Yahoo contre la commercialisation des liens sponsorisés de Microsoft. Malheureusement pour le portail, le partenariat ne s'est pas vraiment révélé payant jusqu'à présent.

Conséquence, le cours de bourse de Yahoo est resté à peu près stable durant le mandat de Carol Bratz alors que l'indice Nasdaq progressait de 60%. La valorisation stagne ainsi toujours aux alentours des 16 milliards de dollars, soit bien loin de l'offre de rachat de 47 milliards de dollars de Microsoft, il y a trois ans. "Et encore, plus de la moitié de la valorisation actuelle représentent les actifs de Yahoo en Asie", fait remarquer Trip Chowdry. Yahoo détient en effet 43% du capital d'Alibaba, le numéro un chinois du e-commerce et 35% de Yahoo Japon. Des perles financières qui cachent un néant stratégique.

Faute d'avoir su positionner clairement l'entreprise et après cinq trimestres consécutifs de croissance négative, les jours de Carol Bartz à la tête de Yahoo étaient donc comptés. Reste que le Conseil d'administration est désormais à la recherche d'un remplaçant. Dans l'immédiat, c'est Timothy Morse, directeur financier depuis juillet 2009, qui assure l'intérim.

Un conseil de direction a par ailleurs été nommé pour "explorer et évaluer les possibilités et opportunités" qui se présenteront pour relancer l'entreprise. Ce qui fait dire aux analystes de Deutsche Bank "qu'une vente de tout ou partie de la société est probablement sur la table".

L'avenir du groupe Internet se jouera donc dans les prochaines semaines. Et les repreneurs potentiels sont nombreux, d'AOL à Microsoft, en passant par les opérateurs AT&T et Verizon, et des investisseurs privés. Pour une fois, Google devrait rester sur la touche. Son alliance publicitaire avec Yahoo en 2008 avait été la cible des autorités antitrust américaines, avant d'être finalement abandonnée en novembre de la même année.

Jean-Baptiste Su

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