Pourquoi Larry Page a repris les commandes de Google

24/01/11 à 10:06 - Mise à jour à 10:06

Source: Trends-Tendances

Larry Page, l'un des deux fondateurs de Google, remplacera Eric Schmidt au poste de CEO. Un moyen de redonner un coup de jeune pour relever le défi des réseaux sociaux ?

Pourquoi Larry Page a repris les commandes de Google

© Bloomberg

La nouvelle est tombée comme une bombe : Larry Page, cofondateur de Google, redevient le CEO du géant high-tech. Dix ans après avoir été appelé pour diriger ce qui n'était alors qu'une petite société fondée par des informaticiens peu soucieux de gagner de l'argent, Eric Schmidt cède donc sa place tout en conservant la présidence du conseil d'administration.

Sur le Web, les réactions et spéculations fusent sur les raisons de ce Big Bang dans la direction du géant de la recherche. Explication officielle : l'organisation actuelle, où les décisions se prennent à trois, entre Eric Schmidt, Larry Page et l'autre fondateur, Sergey Brin, avait conduit à des lourdeurs, d'autant que le groupe compte près de 25.000 employés. "Nous prenions toujours les décisions ensemble, cela ajoute des délais", a ainsi déclaré Eric Schmidt lors d'une téléconférence.

Certains sceptiques sont toutefois persuadés qu'il a été doucement chassé de son poste. Qu'a-t-on pu lui reprocher ? Pas de perdre de l'argent, en tout cas. Les profits, présentés le même jour, ont bondi de 30 % en 2010.

Google : Eric Schmidt victime de ses "gaffes" à répétition ?

Eric Schmidt, il est vrai, a eu récemment tendance à multiplier les gaffes, que le New York Mag se fait un plaisir de lister. Certaines déclarations publiques sont particulièrement mal passées : "On peut suggérer ce que vous ferez, ce qui vous intéresse. Imaginez : on sait où vous êtes, on sait ce que vous aimez." Le genre de phrases dont le groupe aurait pu se passer quelques mois après que ses voitures Street View eurent récupéré, via Wi-Fi, des données personnelles dans 30 pays. Ce qui lui vaut d'être encore sous le coup d'une enquête de la commission fédérale des communications pour violation de la vie privée, rappelle Consumer Watchdog, l'association de consommateurs qui accueille avec enthousiasme le remplacement d'Eric Schmidt.

L'"incident" de Street View n'est qu'un raté parmi d'autres. The Guardianen énumère d'autres qui ont pu ternir la réputation du CEO sortant : "Google n'est pas entré dans le monde des réseaux sociaux que Facebook a conquis. Au lieu de cela, il a tenté de cloner Twitter avec Google Buzz, qui a conduit à une class action d'usagers mécontents d'avoir été automatiquement inscrits. Et puis, il y a eu Google Wave, un produit tellement révolutionnaire que personne n'est capable d'expliquer son utilité, même pas les gens de Google."

Dernière déception en date : l'échec du rachat de Groupon, "une entreprise qui a préféré l'indépendance à la mystique Google", résume Tricia Salineto, consultante de la Silicon Valley, pour qui l'affaire Groupon a "peut-être été la goutte qui a fait déborder le vase".

Google a-t-il bouleversé sa direction parce qu'il "redoute de connaître le même sort que Microsoft" ?

Pour le New York Times, si Google a bouleversé sa direction, c'est parce qu'il "redoute secrètement de connaître le même sort que Microsoft", celui d'un géant de la technologie en déclin. De fait, Google s'est montré impuissant face à l'ascension irrésistible des réseaux sociaux comme Twitter et surtout Facebook, "deux géants qui ont empiété sur le territoire de Google à la fois dans le domaine de la publicité et dans celui de la distribution de contenu en ligne", rappelle Le Monde informatique. En décembre, Facebook a même dépassé le moteur de recherche en audience pour devenir le site le plus visité aux Etats-Unis.

Autre signe du vieillissement du groupe : de plus en plus d'ingénieurs boudent Google, préférant travailler dans des start-up ou d'autres compagnies. L'ancienne dirigeante Sheryl Sandberg est ainsi partie chez Facebook, Tim Armstrong chez AOL. Du coup, Google a octroyé une augmentation de 10 % à tous ses salariés pour freiner les fuites de cerveaux.

Reuters interprète ainsi le retour aux commandes de Larry Page, 38 ans, comme une volonté de redonner un coup de jeune à une entreprise "mature" qui a du mal à suivre les tendances récentes du Web. Après tout, la direction de sites à succès comme Facebook et Groupon a bien été confiée à leurs fondateurs, qui ont la vingtaine.

Google : Larry Page sera-t-il à la hauteur de sa nouvelle tâche ?

Reste à savoir si Larry Page sera à la hauteur de sa nouvelle tâche. Les avis divergent. Tech Job Watch pense qu'il a surtout des compétences techniques, et que "plus il passera du temps à s'occuper de l'opérationnel, moins il en aura pour développer les produits". C'est surtout un vrai geek qui "manque d'expérience business", et cela se fera sentir "dès qu'il faudra prendre des décisions stratégiques difficiles sur quels projets approfondir et quels projets annuler".

Business Insider exprime l'opinion inverse : "Schmidt était de plus en plus un simple ambassadeur, qui ne faisait que parler aux médias et dans les conférences. Cela fait déjà un moment que Brin et Page prennent les décisions stratégiques." Ainsi, la nouvelle organisation ne ferait qu'officialiser la réalité des fonctions effectives de chacun.

Laura Raim, L'Expansion.com

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