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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/07/17 à 14:23 - Mise à jour à 14:23

'Les limites du pouvoir d'Elon Musk'

La mode aujourd'hui est de se passer des médias. On le voit chaque jour avec Donald Trump qui tweete plus vite que son ombre et qui ne fait pas confiance aux médias traditionnels pour véhiculer son message. Mais il serait faux de croire qu'il est le seul à agir de la sorte...

'Les limites du pouvoir d'Elon Musk'

Elon Musk © Reuters

Donald Trump se justifie en disant que les médias traditionnels sont biaisés. Ces derniers rétorquent que le président américain veut juste communiquer sans filtre et ils ne veulent pas lui servir de faire-valoir. Mais Trump n'est pas le seul à agir de la sorte.

Sans aller aussi loin, bien entendu, Emmanuel Macron, à sa manière plus soft, est en train de revoir les codes avec les journalistes français. D'abord, l'Élysée n'est plus réservé aux seuls journalistes politiques, mais est désormais ouvert aux journalistes de la défense, de l'économie et même du sport. C'est déjà en soi une petite révolution de palais: les journalistes politiques n'ont plus le monopole de l'accès à l'Élysée. Ensuite, Macron est en train de constituer une équipe de vidéastes pour disposer de son propre média, et cela afin de favoriser les échanges directs entre lui et le peuple français, notamment sur les sujets que les médias ne suivent pas.

Il est vrai que le monde politique a aujourd'hui moins besoin des médias qu'hier pour s'adresser à la population. Barack Obama a par exemple 100 millions de followers et il peut s'adresser directement à eux. Même chose dans le monde du spectacle, avec un Justin Bieber qui peut aussi communiquer directement avec, lui aussi, pratiquement 100 millions de followers. Quant au monde de l'économie, il n'est pas en reste non plus.

Le patron le plus emblématique au monde, aujourd'hui, c'est Elon Musk, le célèbre fondateur de Tesla. Or, Musk ne jure que par les tweets. Pas besoin de médias ou de pages de publicité, un seul tweet bien balancé et hop, les médias classiques se chargent de lui faire sa pub gratuitement. Le Monde rappelle qu'on l'a encore vu début juillet où, suite aux demandes incessantes d'un fan de Tesla via Tweeter, Elon Musk a fini par vendre la mèche en indiquant que sa nouvelle voiture électrique avait passé les tests de sécurité et que les premiers exemplaires sortiraient des chaînes de production le vendredi 7 juillet. Le patron de Tesla n'est donc pas passé par un attaché de presse ou une interview sur CNN, il s'est juste contenté de rédiger 140 caractères sur un réseau social et l'affaire était emballée.

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Le follower est volage, exactement comme l'électeur

Elon Musk a donc réussi à créer un lien affectif entre sa marque, sa personne et ses acheteurs, "dans un monde de l'automobile qui reste encore très émotionnel", comme le rappelle Le Monde. La plupart des industriels n'oseraient même pas rêver d'avoir un tel lien avec leur public. Seules quelques entreprises y arrivent, Apple avec ses fans qui font la file pour acheter le nouvel iPhone, les bikers amoureux fous de Harley Davidson au point de tatouer leur marque préférée sur leur peau, etc.

Mais attention, ce n'est pas parce qu'un patron arrive à séduire son public par des tweets que l'affaire est gagnée. Les followers sont des consommateurs comme les autres, et si la promesse n'est pas au rendez-vous, s'il y a désillusion, alors même le follower ira voir ailleurs. Eh oui, le follower est volage, exactement comme l'électeur. Pire encore, s'il est déçu, le follower le dira par tweet interposé et sa déception sera amplifiée par les réseaux sociaux. C'est ainsi que le patron de Tesla a redécouvert les limites de son pouvoir il y a quelques jours à peine: faute d'avoir réussi haut la main certains tests de sécurité, le cours de l'action Tesla a vu 11 milliards d'euros partir en fumée en peu de temps. C'est une belle leçon d'humilité !

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