Les "Groupon de l'iPhone" : un business juteux ?

11/07/12 à 10:30 - Mise à jour à 10:30

Source: Trends-Tendances

Les applications mobiles comme AppGratuites monnaient la promotion quotidienne d'autres applications. En un an, cette firme française aurait généré plus de 75 millions de téléchargements. Un concept simple, particulièrement rémunérateur et régulièrement copié qui débarque en Belgique.

Les "Groupon de l'iPhone" : un business juteux ?

© AppGratuites

Pas toujours facile, dans le dédale de l'AppStore, de faire son choix parmi les innombrables applications pour smartphones et de dénicher les nouveautés. C'est que la firme à la pomme propose actuellement 650.000 applications. Autant dire que pour les créateurs d'applications, l'enjeu est de taille : être visible pour le public et parvenir à susciter les downloads devient un véritable challenge.

Voilà pourquoi depuis quelque temps déjà, certaines start-up ont construit un modèle offrant aux créateurs d'applications une solution pour être plus visibles. Lorsqu'il s'est lancé sur ce créneau, Simon Dawlat, jeune patron (28 ans) d'iMediapp, la société qui se cache derrière AppGratuites, n'avait qu'un blog où il renseignait des applications mobiles gratuites qu'il trouvait sympas. C'était en 2009-2010. Depuis lors, il a lancé son application et est à la tête d'une PME occupant 30 personnes et qui présente des applications à pas moins de... 2,4 millions d'abonnés sur iPhone et iPad en francophonie - la société compte depuis peu aussi des abonnés utilisateurs d'Android. Le concept, qui ressemble à celui de Groupon, est ultra simple et l'application n'a rien de très pointu techniquement : pas de transaction ni d'opération spéciale. En soi, elle peut même être développée en quelques heures seulement, selon plusieurs experts. Ne présentant pas non plus de prouesse esthétique au niveau graphique, son slogan est d'ailleurs "une appli moche mais des bons plans sympas".

Concrètement, l'application se charge quotidiennement de mettre en avant une autre application, avec un lien pour la télécharger. "On négocie avec des annonceurs pour que leur application payante devienne gratuite pour une courte période, ou bien qu'elle soit proposée à prix réduit", détaille Simon Dawlat qui insiste sur le côté "bon plan" du projet. Les utilisateurs sont simplement invités à télécharger l'appli du jour, point. Il ne reçoivent aucun incentive, de bonus ou d'argent. Par contre, pour AppGratuites, l'affaire semble juteuse...

Des deals à 15.000 euros en moyenne

Pour apparaître dans AppGratuites, les créateurs d'applications doivent la plupart du temps passer à la caisse. Dans le cadre de sa tarification à la performance, AppGratuites demande aux créateurs d'applications 1,1 euro par appli téléchargée sur un iPhone et 2,2 euros pour celles téléchargées sur iPad. Or d'après les chiffres avancés par les commerciaux de l'entreprise, sur 2,2 millions d'utilisateurs d'iPhone, chaque campagne est vue environ 300.000 fois et il arrive régulièrement que l'appli soit téléchargée entre 40.000 et 150.000 fois. Sur iPad en revanche, la campagne est vue 80.000 fois et génère entre 8.000 et 16.000 downloads. De sacrés budgets à la clé pour les concepteurs. Simon Dawlat souligne que lors des grosses campagnes qui touchent plusieurs pays - AppGratuites est présent sur neuf marchés - il arrive que 200.000 à 300.000 téléchargements soient effectués.

Mais chaque client concepteur d'appli peut toutefois limiter son deal et Simon Dawlat insiste sur d'autres modèles mis en place avec les créateurs d'applications comme le partage de revenus. "Il arrive que nous prenions une commission sur les ventes de l'application quand elle est payante ou sur les ventes qui se font au sein de l'application." Il reste évasif toutefois sur les détails de ces autres types de "partenariats", bien qu'il nous revient que pour être en mesure de tenir sa promesse d'une application par jour, la start-up inclut parfois des deals au rabais ou même gratuits. Simon Dawlat ne confirme pas mais avance, de son côté, qu'un deal moyen rapporte à AppGratuites pas moins de 15.000 euros ! De jolies sommes, surtout quand on sait que la plateforme met même régulièrement trois applis en avant par jour.

Et ce n'est pas tout : AppGratuites reçoit, en plus, de l'argent de la part d'Apple ! Comment ? Par un système d'affiliation. "A chaque fois que l'on envoie une personne sur l'AppStore, on touche une petite commission, confirme Simon Dawlat. Ce n'est toutefois que quelques fractions de centimes d'euros." Mais quand, comme AppGratuites on génère entre 75 et 90 millions de downloads par an (résultat sur ces 12 derniers mois), cela commence à chiffrer. Le CEO d'AppGratuites ne dévoile aucun chiffre d'affaires pour le moment, mais selon certains observateurs, "le modèle est vraiment rémunérateur, les marges assez confortables et ils ont l'avantage d'être le principal média pour la promotion des applications mobiles."

Principal moyen de promotion

La start-up est en position de force : avec son énorme audience, elle est en mesure de garantir aux "annonceurs" que leur application sera téléchargée plusieurs dizaines de milliers de fois et qu'elle grimpera ainsi dans le Top de l'AppStore. Or, monter ainsi sur le podium des applications les plus téléchargées sur le magasin en ligne d'Apple apporte une visibilité incroyable... et des milliers de téléchargements supplémentaires. "Aujourd'hui, AppGratuites est devenu le principal outil si l'on veut donner un coup de boost aux téléchargements de son application, admet un créateur belge d'applications. Cela peut ressembler à de la gonflette de statistiques car on ignore totalement si le download est de qualité et si ceux qui l'installent sur leur téléphone continueront à la conserver ou l'effaceront directement. Mais assurer de la visibilité à son produit sur l'AppStore aujourd'hui est tellement compliqué que même si l'on n'est pas totalement chaud sur le processus, on peut être tenté de faire appel à AppGratuites."

Pour pousser la promotion de plusieurs de ses applications, la start-up belge Appsolution a fait appel à AppGratuites en 2011. "Il s'agit du seul système qui a un véritable impact, commente Jean-Paul de Ville, le patron d'Appsolution. Notre application Deathbooth qui transforme n'importe quel portrait en mort-vivant a enregistré 32.000 téléchargements gratuits le jour de son passage dans AppGratuites, au lieu d'un millier de téléchargements payants quotidiens à cette époque. Plus important succès encore pour l'application du Chat de Philippe Geluck qui a été téléchargée gratuitement 60.000 fois en une seule journée." Mais Appsolution souligne qu'à l'époque AppGratuites a promotionné gratuitement ses applications. "On ne l'aurait pas fait au prix fort, enchaîne Jean-Paul de Ville, parce qu'une fois que l'application dont on fait la pub redevient payante, les téléchargements s'arrêtent. Et une application placée dans les tops de l'AppStore peut en sortir aussi vite. Notre expérience est bonne au niveau de l'audience mais cela n'a eu aucun impact économique par après."

Une appli souvent copiée

Le succès d'AppGratuites crée des émules et beaucoup d'entrepreneurs du Web ou du mobile espèrent être les prochaines stars de ce créneau. Ils sont nombreux à reprendre le concept et à vouloir occuper le marché, chacun apportant des petites adaptations telles que des incitants au téléchargement. Ils sont d'autant plus nombreux que la barrière à l'entrée est faible : le coût de développement pour une application du genre est étonnamment bas et rapidement réalisé. "C'est simple mais beaucoup se plantent après six ou neuf mois, réagit Simon Dawlat. Car derrière cette petite application se trouve une équipe commerciale et technique qui est devenue importante. On ne peut pas toucher 4 millions de personnes aussi facilement : cela demande notamment des centaines de milliers d'euros en R&D."

En Belgique où AppGratuites occupe déjà le terrain (la société déclare toucher 180.000 utilisateurs belges) plusieurs initiatives ont récemment été lancées. L'une d'elles, Gratis Apps, a été lancée par un acteur étranger qui souhaite pénétrer notre marché. Une autre, Plazapp, est le fruit de Sébastien Dellis, un ex-commercial chez Rossel qui a voulu s'engouffrer sur le créneau et a lancé, fin 2011, son application. Concept assez similaire si ce n'est que la micro-société bruxelloise ajoute au modèle un incentive sous la forme de points "plaz". A chaque download, l'utilisateur reçoit des "plaz" qu'il peut ensuite convertir en carte iTunes de 10 euros. "Mais surtout, insiste Sébastien Delisse, notre modèle se veut qualitatif et, à côté du boost d'applis, on propose aussi un service destiné à récolter des avis d'utilisateurs sur les applications qu'ils ont téléchargées. On aide ainsi les créateurs à améliorer leurs produits en fonction des souhaits du marché." Plazapp ne compte, pour l'instant, que 6.000 utilisateurs en Belgique. Assez, selon Sébastien Delisse, pour faire monter une application belge dans le Top 10 de l'AppStore chez nous. "Il faut compter 1.500 téléchargements pour y arriver, ce que l'on peut garantir à tous les coups", avance, (trop ?) confiant, le jeune entrepreneur. Au niveau du budget, Plazapp demande 4.000 euros pour un coup de boost ou pour un test qualitatif de votre application. Pour l'instant, la start-up est loin du succès de son modèle français et doit, pour parvenir à s'imposer sur notre marché, fortement augmenter son nombre d'utilisateurs. En moyenne, à partir de 30.000 téléchargements, on considère qu'une application a du succès. Fin 2012, Plazapp espère en arriver à... 10.000.

Un chiffre 180.000

C'est le nombre de personnes en Belgique qui auraient téléchargé AppGratuites sur leur iPhone ou leur iPad, ce qui fait du français le plus gros acteur de ce créneau sur notre marché.

Par Christophe Charlot

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