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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

26/10/17 à 16:03 - Mise à jour à 16:03

'L'intelligence artificielle menace nos cerveaux'

À force de parler de l'intelligence artificielle et des algorithmes qui, demain, feront notre job mieux que nous, il y a une sorte de consensus qui consiste à dire et je résume: cette fois-ci, la révolution technologique va trop loin et les humains seront supplantés par les machines.

'L'intelligence artificielle menace nos cerveaux'

Détail d'une affiche du film Idiocracy. © DR

Nos ancêtres étaient des paysans et lorsque la mécanisation est arrivée, ils ont pu se transformer en ouvriers dans les grandes villes. Plus tard, ces mêmes ouvriers ont laissé la place aux robots en entreprise et se sont transformés en employés. Mais aujourd'hui, que faire ? En quoi les transformer demain, vu que les algorithmes et l'intelligence artificielle feront presque tout mieux que nous, plus vite, moins cher, sans relâche et sans arrêt maladie ?

Voilà pourquoi, à gauche comme à droite, les hommes politiques préconisent de remplacer les différentes allocations sociales qui existent sur le marché par une sorte de revenu universel qui permettrait aux plus démunis d'avoir un revenu de base minimal. Ce serait, en quelque sorte, la contrepartie du fait que, demain, nous allons confier une bonne partie de nos décisions - et donc notre existence - à cette fameuse intelligence artificielle.

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Ce qui doit être universel, ce n'est pas le revenu, mais le développement de notre cerveau

Le docteur Laurent Alexandre, gourou de l'intelligence artificielle, s'est fendu d'un article dans le journal Le Monde et dans lequel il met en garde contre cette solution. Pour cet expert de l'IA, cette idée de revenu universel va accentuer la marginalisation des personnes les plus fragiles de notre société. Pourquoi ? Parce que qui dit revenu universel, dit abandon de tout effort intellectuel. Or, l'absence d'effort intellectuel dégrade, selon lui, "rapidement la neuroplasticité, c'est-à-dire la capacité du cerveau à produire des connexions synaptiques, donc à apprendre". Si vous en doutez, sachez que Google a déjà changé le cerveau des chauffeurs de taxis londoniens: "depuis qu'ils utilisent l'application de navigation communautaire Waze au lieu de retenir le plan de leur ville, le volume de leur hippocampe (la zone qui stocke la mémoire de long terme), mesuré par imagerie cérébrale (scanner et IRM), a nettement diminué."

En résumé, le docteur Laurent Alexandre nous dit que "cette société que certains hommes politiques voudraient nous proposer pour après-demain, c'est-à-dire une société où l'intelligence artificielle finance le revenu universel pour nous permettre de vivre dans un monde magique sans effort, pourrait rapidement atrophier nos cerveaux".

Et sa conclusion est simple: "plutôt que de donner une allocation universelle aux personnes qui seront bousculées par ces nouvelles technologies, ce qu'il faut, c'est donner un droit à la formation tout au long de sa vie". En fait, ce qui doit être universel, ce n'est pas le revenu, mais le développement de notre cerveau. Par conséquent, ce qu'il faut éviter, toujours selon Laurent Alexandre, c'est d'avoir, demain, une aristocratie qui se débrouille bien avec l'intelligence artificielle et une classe d'autres humains, considérés comme "inutiles", et qui, eux, resteraient enfermés dans un monde soi-disant magique. Voilà de quoi nous faire réfléchir autour de la machine à café, un autre robot soi dit en passant.

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