Google: "Il est devenu très difficile de continuer à opérer en Chine"

15/02/10 à 14:42 - Mise à jour à 14:42

Source: Trends-Tendances

Sergey Brin revient sur son conflit avec la Chine, et sur le lancement de Buzz. Interview.

Google: "Il est devenu très difficile de continuer à opérer en Chine"

© Epa

Censuré en Iran, piraté en Chine, critiqué en Europe. Décidément, le beau slogan Google "don't be evil" n'a plus vraiment la cote, malgré une opération séduction au dernier Forum économique mondial de Davos, où son patron Eric Schmidt a essayé de vanter les mérites d'une économie chinoise en forte croissance. Pour revenir sur cette actualité chargée, Sergey Brin, le co-fondateur de Google, a accepté de répondre à nos questions en exclusivité pour la presse française, en marge du lancement de Google Buzz la semaine dernière.

Maintenez-vous votre position vis à vis de la Chine?

Je pense d'abord que le billet que nous avons publié sur notre blog est une opinion partagée par l'ensemble de l'entreprise et reflète notre consensus sur ce sujet éthique délicat. J'ajouterais qu'au cours de nos nombreuses délibérations pour la rédaction de ce billet, le but était de maximiser l'information disponible en Chine et le bien-être des Chinois.

Avez-vous réagi trop vite en menaçant de vous retirer de Chine?

Je tiens à préciser que nous ne nous sommes pas encore retirés de Chine. Lorsque nous y avons démarré notre activité, en 2006, nous étions d'accord pour lancer notre site avec un nom de domaine chinois (google.cn) qui respecte les lois locales en vigueur, même si nous n'étions pas très à l'aise avec celles-ci. Notre point de vue à l'époque était qu'il valait mieux être présent sur le marché chinois que pas du tout, et que nous verrions comment la situation évoluerait. Et je pense que les deux années qui suivirent ont été plutôt positives, dans le sens où nous avons réussi à imposer aux acteurs de l'Internet locaux de meilleures pratiques dans la diffusion de l'information, et surtout en indiquant quand celle-ci est exclue en raison de la loi en vigueur. Malheureusement, depuis les derniers Jeux Olympiques, la situation n'a cessé d'empirer, comme la quantité d'informations censurées et le blocage de certains de nos sites tels que Youtube, Google Docs et d'autres. Et c'est très difficile d'opérer dans de telles circonstances.

Et cette guerre entre Apple et vous?

Je vais laisser les responsables d'Apple, avec qui je parle très souvent, répondre à cette question. Mais c'est vrai que nous avons certains produits directement concurrents, tout comme nous collaborons étroitement sur de nombreux autres. Mais j'admire leur savoir-faire technologique et d'ailleurs j'utilise moi-même un portable Apple!

Comment décririez-vous Buzz?

Google Buzz reprend de nombreuses idées clés de Google Wave et Orkut (le réseau social de Google, NDLR), comme l'échange d'informations en temps réel et la notion de réseau social. Depuis que je le teste en interne, cela fait environ six mois, Buzz m'a permis de mieux communiquer au sein de l'entreprise, d'être plus productif. Par exemple, si j'ai une question, au lieu d'essayer de trouver la meilleure personne pour y répondre et de lui envoyer un mail, j'envoie un Buzz, et le message sera automatiquement recommandé aux bonnes personnes, en plus bien sûr de toutes celles qui me suivent dans Buzz. Un autre bon côté de Buzz est que je n'interromps pas les gens dans leur travail, car ce n'est pas un courriel qui suppose l'attente d'une réponse.

Buzz pourrait-il remplacer l'email?

Ce que je voudrais au contraire c'est ne plus avoir à décider si je dois envoyer un mail, un chat ou un buzz, ou bien tout simplement faire une mise à jour de mon statut. Tout cela est vraiment stressant. Avec Buzz, je n'ai pas à me soucier de choisir mes correspondants ou même de réfléchir à l'objet de mon message. C'est beaucoup plus simple et direct. Et les gens vous répondent aussi directement en utilisant le sigle @ dans le flux des échanges (comme avec Twitter, NDLR), ce qui est vraiment très efficace.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Su, dans la Silicon Valley

Trends.be, L'Expansion.com

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