Bourse : Facebook, révélateur d'injustice

25/05/12 à 10:08 - Mise à jour à 10:08

Source: Trends-Tendances

L'entrée en Bourse ratée de Facebook a dit beaucoup de l'inégalité entre investisseurs. "Est-ce que les petits investisseurs sont laissés derrière ? Absolument, cela a toujours été le cas !", indique ainsi une source proche d'un régulateur.

Bourse : Facebook, révélateur d'injustice

© Reuters

L'entrée en Bourse controversée de Facebook met en lumière l'inégalité sur les marchés financiers entre M. Tout-le-monde et les gros investisseurs qui ont, eux, un accès direct aux dirigeants des entreprises et aux avis des analystes des grandes banques.

Les banques en charge de l'introduction en Bourse du géant des réseaux sociaux, en tête desquelles Morgan Stanley, Goldman Sachs et JPMorgan Chase, ont appelé leurs gros clients dans les jours précédant l'opération, la plus attendue de l'année. Elles ont attiré leur attention sur des perspectives moins belles qu'espéré du site internet aux 900 millions de membres.

Facebook venait de modifier son prospectus d'entrée en Bourse (S1), soulignant que ses revenus continuaient à progresser moins rapidement que le nombre de ses membres et exprimait des incertitudes sur sa capacité à gagner de l'argent sur les appareils mobiles. Le groupe avait déjà évoqué ces deux points mais le langage employé dans ce nouveau document a poussé les analystes des grandes banques à modifier leurs anticipations de résultats pour Facebook.

Bourse : "Est-ce que les petits investisseurs sont laissés derrière ? Absolument !"

"Est-ce que les petits investisseurs sont laissés derrière ? Absolument, cela a toujours été le cas !, indique à l'AFP une source proche d'un régulateur. C'est un peu comme une compagnie aérienne qui offre des tickets gratuits à ses gros clients."

"Les prospectus boursiers sont là pour tout le monde, tout le monde essaie de les analyser, ajoute cette source ayant requis l'anonymat. Si un investisseur moyen n'a pas su interpréter le S1 (de Facebook), alors c'est pareil pour tous les autres prospectus et documents boursiers publiés chaque jour par les autres entreprises. En revanche, si des informations substantielles ont été données qui n'étaient pas contenues dans ces documents publics, alors là, c'est une infraction sérieuse."

Bourse : outre des appels ciblés, les gros investisseurs sont invités à des présentations privées

Les banques qui pilotent les entrées en Bourse ou opérations de fusions-acquisitions ne sont pas autorisées à publier des notes d'analyse peu avant le jour J pour éviter les conflits d'intérêt. Cependant, elles sont autorisées à parler à leurs clients par téléphone pendant les tournées de promotion d'une entrée en Bourse (road show).

"Alors que les analystes avaient changé d'avis sur Facebook, ils ont envoyé un mémo mis à jour avec ces nouvelles opinions aux équipes de notre division de gestion de fortune", qui ont ensuite appelé leurs clients, a ainsi expliqué à l'AFP une source bancaire informée de ces activités.

Outre des appels ciblés, les gros investisseurs sont invités à des présentations privées organisées par les banques.

Les investisseurs institutionnels, comme les fonds spéculatifs et les gros fonds de pension, "ont envie de sentir comment les choses se passent, de voir si le directeur financier est confiant ou nerveux, c'est humain, estime Gregori Volokhine, directeur de Meeschaert New York. Mais si l'on transmet des informations substantielles à certains et pas d'autres, c'est du délit d'initié", même s'il n'y a aucune preuve pour l'instant que des informations de cette nature aient été données aux gros investisseurs lors des appels de ces banques.

Bourse : des road shows diffusés sur l'Internet ?

Sally Krawcheck, ex-directrice de Merrill Lynch-Smith Barney et figure emblématique de Wall Street, se demandait jeudi sur CNBC si ces présentations privées pendant les road shows ne devraient pas être diffusées sur l'Internet pour que tous les investisseurs aient accès aux mêmes informations.

Autre exemple des privilèges des gros investisseurs : certains d'entre eux, triés sur le volet, ont eu la possibilité, dès janvier 2011, d'acheter des parts dans la participation d'un demi-milliard de dollars que Goldman Sachs avait acquise dans Facebook.

Pour Gregori Volokhine, "tout ça ne devrait pas être normal, si on veut que les gens fassent confiance aux marchés boursiers. C'est un nouveau coup porté" à la réputation de Wall Street.

Trends.be, avec Belga

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