Guy Legrand
Opinion

23/05/12 à 16:18 - Mise à jour à 16:18

Haro sur la Grèce, haro sur les banques !

Réunis à Camp David, la villégiature officielle du président américain, les représentants des huit pays les plus importants du monde ont confirmé samedi dernier leur attachement à voir la Grèce rester dans la zone euro.

Haro sur la Grèce, haro sur les banques !

© Photonews

Réunis à Camp David, la villégiature officielle du président américain, les représentants des huit pays les plus importants du monde ont confirmé samedi dernier leur attachement à voir la Grèce rester dans la zone euro. Une semaine plus tôt, l'enquête menée par l'agence de presse Bloomberg auprès de 1.253 investisseurs institutionnels, analystes et autres opérateurs de marché, révélait qu'une majorité d'entre eux voyaient Athènes jeter l'éponge avant la fin de l'année. Qui a raison et à quand la réponse ?

En attendant, il est clair que la Grèce est aux abois. Par-delà les indicateurs économiques classiques, certains indices ne trompent pas. Ainsi y a-t-on, le mois dernier, vendu 12 fois moins de voitures neuves qu'en Belgique, pour une population comparable. Et moins qu'au Grand-Duché de Luxembourg, un pays 20 fois moins peuplé ! C'est toutefois la vision des Grecs s'empressant de retirer de l'argent aux distributeurs automatiques qui a frappé les esprits. Normal : un tel phénomène menace la survie même des banques. On se souvient de Northern Rock, en Grande-Bretagne, mise au tapis en septembre 2007 suite à des retraits massifs.

Les banques hellènes ne sont cependant pas les seules à la peine, pas plus que leurs consoeurs espagnoles du reste. C'est l'ensemble du compartiment bancaire qui est à nouveau massacré ces dernières semaines. Alors que l'indice Stoxx 600 des actions européennes avouait, en fin de semaine dernière, un malus de quelque 15 % par rapport à son niveau d'il y a un an, le compartiment bancaire est, lui, en chute de 40 % ! Ce n'est pas le premier retour de manivelle de ce qu'on nomme (abusivement ?) l'après-crise. Sera-ce le dernier ?

Beaucoup moins exposées à la crise européenne, cela va de soi, et souvent présentées comme fondamentalement plus solides, les banques américaines viennent pour leur part de subir un revers d'une toute autre nature. En cause : le gros accident survenu chez JP Morgan. La perte de 2 ou 3 milliards de dollars subie par la première banque des Etats-Unis n'est pas totalement passée inaperçue ici mais, outre-Atlantique, comme à Londres d'ailleurs, ce fut un ouragan ! On le comprend : ce serait grave si l'accident était survenu à cause d'un trader fou ou d'une fraude caractérisée. Dans le cas présent, c'est en quelque sorte pire encore puisque les positions prises par la banque relevaient au contraire d'une stratégie de couverture _tout le contraire, donc, d'une spéculation débridée_ qui a complètement échoué. C'est pire, car cela signifierait que c'est la nature même de l'activité bancaire qui est dangereuse. Du moins quand on se frotte aux produits dérivés, ces "armes financières de destruction massives", suivant les termes de Warren Buffett. Et qu'on s'emballe au-delà du raisonnable, comme ce fut visiblement le cas, en prenant des positions d'une taille monstrueuse.

On sait les banques américaines vivement opposées au resserrement des contraintes réglementaires - sous la conduite notamment de Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, particulièrement virulent sur ce terrain. Plutôt mal pris, le croisé anti-réglementation ! Car ce ne sont pas tant les pertes de la banque qui alimentent aujourd'hui les conversations, que l'offensive attendue des régulateurs. Que ce soit à un titre ou à un autre, le secteur bancaire n'a décidément pas encore tourné le dos à la crise.

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