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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:23 - Mise à jour à 15:23

Grève des marins-pêcheurs. La faute aux consommateurs?

Si les marins-pêcheurs européens sont partis en grève illimitée, ce n'est pas tant la faute aux pris du pétrole qu'aux consommateurs soucieux d'acheter du poisson de qualité au prix le moins cher.

Grève des marins-pêcheurs. La faute aux consommateurs?

Cela fait maintenant plusieurs jours que les pêcheurs européens font part de leur mécontentement contre la hausse du prix du gazole pour leurs bateaux. Comme toujours dans ces cas-là, ils demandent l'aide financière de leurs gouvernements. Pour être certains d'être entendus, ils ont décidé de faire grève de manière illimitée dans le temps.

A priori, l'argument des pêcheurs tient la route. En effet, à en croire les chiffres de leur syndicat, le prix des carburants a augmenté de 320% en cinq ans, alors que les prix de vente du poisson se maintiennent aux niveaux d'il y a 20 ans. Les autres industries compenseraient cette différence en répercutant cette hausse des coûts sur le consommateur final. Mais le secteur de la pêche n'a que très peu de possibilités de répercuter l'augmentation des coûts sur le consommateur de poisson.

En Belgique par exemple, votre poissonnier n'achète en moyenne que 5% du poisson pêché dans les eaux nationales belges. Le Belge achète donc de moins en moins de poisson frais, parce qu'il est devenu trop cher. En revanche, le Belge achète beaucoup de poissons importés de pays lointains. Ces poissons sont congelés pour le transport, puis ensuite décongelés en Belgique et finalement vendus moins chers dans les supermarchés.

Le vrai problème des pêcheurs, ce n'est donc pas tant la hausse du gazole que la pression sur les prix organisée par la grande distribution. Autrement dit, le maintien du pouvoir d'achat des Belges est le premier ennemi des pêcheurs et pas l'Opep, l'organisation des pays exportateurs de pétrole.

Deux autres éléments viennent à l'esprit en évoquant ce conflit des pêcheurs. Tout d'abord, il est probable que le poisson va devenir un produit de luxe. Car les supermarchés font surtout appel à des poissons acheminés par avion. Les transporteurs cargo vont donc répercuter l'augmentation du coût du kérosène auprès de la grande distribution.

Ensuite, en décrétant une grève illimitée, les pêcheurs européens vont faire ce qu'ils ont toujours refusé de faire auparavant: donner du repos aux poissons et permettre aux poissons de se reproduire tranquillement.

Et puis, plus globalement, cette crise de la pêche pourrait déboucher sur quelque chose de positif, car elle va forcer ce secteur à se restructurer et donc à être plus efficient. Notamment en modernisant la flotte de certains pays et donc en mettant à la retraite des bateaux trop gourmands en carburant.

Comme quoi l'humanité n'avance parfois qu'avec des crises.

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