Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

04/11/11 à 08:35 - Mise à jour à 08:35

Grèce : le vrai danger n'est pas l'euro

Le vrai danger, ce n'est pas l'euro, c'est le secteur bancaire ! La Grèce n'est pas le problème : ce sont les CDS. Retenez bien ces 3 lettres.

Faisons comme le journal Libération et mettons-nous un instant à la place des Grecs. Leur pays est en faillite. Au G20 de Cannes, leur Premier ministre a été convoqué comme un laquais par le couple franco-allemand. Georges Papandréou a été obligé de faire antichambre pendant deux longues heures avant d'être reçu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Et s'il veut faire un référendum, ce dont il n'est plus certain aujourd'hui, la question lui sera dictée par Merkel et Sarkozy. Quant à l'argent, ce même premier ministre grec devra faire allégeance à ceux qui, désormais, gouvernent chez lui. Avouez que c'est humiliant ! C'est pourtant la réalité. La Grèce est mise sous tutelle par l'Europe, la Banque centrale européenne et le FMI.

Que se passerait-il si les Grecs devaient quand même dire "non" à l'Europe ? Dans ce cas, Merkel a encore répété à Cannes que l'Europe était prête et qu'elle ferait tout pour défendre la stabilité de l'euro. En réalité, ce n'est pas l'euro qui est menacé par un départ de la Grèce, car après tout, un euro faible serait plutôt une bonne chose pour l'économie européenne. Cela favoriserait même nos exportations.

Non, le vrai danger dont on ne parle pas beaucoup, c'est à nouveau les banques. Quand je dis "banques", je pense aussi bien aux banques européennes qu'aux institutions américaines. La vérité est simple : pendant que ces banques achetaient avec la main gauche des obligations grecques, portugaises ou espagnoles parce qu'elles rapportaient plus que les allemandes, elles vendaient avec la main droite des CDS, instruments financiers qui permettent de se protéger contre la faillite d'un Etat. Autrement dit, vous payez une prime pour vous assurer contre le défaut de paiement de la Grèce, par exemple.

Or, si la Grèce fait faillite et sort de l'euro, toutes ces assurances, ces fameux CDS, seront activées par ceux qui ont payé ces primes. Les banques qui ont vendu ces produits, avec le calcul qu'un Etat ne fera jamais faillite, devront passer à la caisse et rembourser les investisseurs.

Problème : ce marché des CDS est un marché opaque. Personne ne sait combien il y a de CDS sur un pays comme la Grèce. Les uns parlent de 5 milliards d'euros, les autres de 50 milliards d'euros. Je rappelle que le trader fou Jérôme Kerviel a failli faire chavirer une banque française à cause d'une perte frauduleuse de 5 milliards d'euros... On parle de 10 Kerviels !

Voilà pourquoi tant Merkel que Sarkozy, voire Obama, sont nerveux. Le vrai danger, ce n'est pas l'euro, c'est le secteur bancaire ! La Grèce n'est pas le problème : ce sont les CDS. Retenez bien ces 3 lettres.

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