Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

15/04/10 à 15:04 - Mise à jour à 15:04

Gini, je ne t'aime pas...

La pauvreté est un problème grave. Ce n'est cependant pas la même chose que l'(in)égalité des revenus. L'excès d'égalité décourage l'initiative et l'envie de travailler, et appauvrit de ce fait toute la population. Mais cela rend effectivement les revenus plus égaux. Une politique axée sur une égalité maximale réduit la richesse de toute l'économie et par là même, les moyens financiers d'un système social.

Gini, je ne t'aime pas...

La pauvreté est un problème grave. Ce n'est cependant pas la même chose que l'(in)égalité des revenus. L'excès d'égalité décourage l'initiative et l'envie de travailler, et appauvrit de ce fait toute la population. Mais cela rend effectivement les revenus plus égaux. Une politique axée sur une égalité maximale réduit la richesse de toute l'économie et par là même, les moyens financiers d'un système social.

La pauvreté n'est pas la même chose que l'inégalité des revenus. Or, la semaine passée, on a à nouveau joyeusement confondu les deux notions. Selon des calculs récents (2007), le "coefficient Gini" qui mesure l'égalité des revenus, avait augmenté. Ce qui a été communément traduit en un message indiquant que la pauvreté augmente à nouveau en Belgique.

La société égalitaire appauvrit

Dans les années 1990, ce fameux coefficient Gini était particulièrement bas en Belgique et il l'est encore aujourd'hui. Cela signifie que la redistribution des revenus chez nous figure toujours parmi les plus importantes de tous les pays de l'OCDE (voir graphique). La Flandre et la Wallonie ont un coefficient Gini particulièrement bas et si celui de la Belgique se situe à un niveau plus élevé, c'est à cause de Bruxelles.

Mais ces dernières années, le coefficient a surtout augmenté suite à l'évolution inégale de l'emploi. Aujourd'hui, notre pays compte plus de 1,5 million d'allocataires sociaux ; la Belgique a un très faible taux d'activité. Cela signifie qu'il faut procéder à une redistribution très poussée parce qu'il y a beaucoup de revenus de remplacement. Notre faible coefficient Gini augmentera donc peut-être si nous remettons plus de gens au travail.

Le contraire est cependant vrai aussi. Si nous augmentons les allocations, le fait de ne pas travailler devient plus attractif. De sorte que surtout dans la partie inférieure du marché du travail, les gens seront démotivés et opteront finalement pour un revenu de remplacement. Cela améliorera le coefficient Gini mais minera les moyens financiers et la prospérité de notre économie. Ce qui montre l'aspect pervers du coefficient Gini.

Le travail : arme contre la pauvreté et facteur de bonheur

C'est pourquoi je suis toujours sidéré de constater le degré de crédibilité qu'on accorde au coefficient Gini en tant qu'instrument politique. Il est erronément perçu comme le critère idéal pour évaluer le fossé entre les pauvres et les riches. Ce dont il s'agit en fait, c'est de trouver un bon équilibre entre la motivation des gens à travailler et la redistribution des revenus. Si la redistribution va trop loin, on décourage l'initiative. Si le fossé est trop grand, on crée des tensions sociales. La comparaison internationale indique plutôt que dans notre pays, on met trop l'accent sur la redistribution. L'argument selon lequel les allocations de chômage n'ont pas été liées au pouvoir d'achat, est aussi entièrement infirmé par les chiffres (voir graphique).

Le coefficient Gini ne dit rien par contre au sujet du facteur "bonheur". Des études montrent que les gens qui travaillent sont plus heureux. Rendre l'inactivité attractive n'est donc pas une bonne idée. Nous devons aussi être réalistes : il n'y a plus d'argent ! Nous devons à tout prix éviter des situations à la grecque. Pour sauvegarder le système social actuel, le taux d'activité doit fortement augmenter. Toutefois, cela fera peut-être augmenter notre coefficient Gini.

La poursuite de l'égalité absolue n'aboutira qu'à un appauvrissement de l'ensemble de l'économie, à une baisse du niveau du bonheur et à une démotivation des talents. Pour paraphraser un slogan publicitaire des années 1980 : "Gini, je ne t'aime pas."

http://www.socialsecurity.fgov.be/fr/nieuws-publicaties/sociale-bescherming-inclusie-indicatoren/sociale-bescherming-inclusie-indicatoren.htm

Réactions : trends@econopolis.be

Geert Noels CEO et chief economist d'Econopolis

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