First in, First out

06/03/15 à 14:07 - Mise à jour à 16:25

Source: Moneytalk

Un mois après le tapage médiatique autour des problèmes de fonds propres d'Ethias, l'assureur lance une offre "unique et exceptionnelle" et propose aux clients de clôturer leurs comptes First de la première génération. Les 50.000 détenteurs d'un contrat First A ont-ils intérêt à se désengager ?

Du fait de l'abaissement persistant des taux, Ethias a de plus en plus de mal à tenir ses promesses quant aux comptes First de la première génération. Les comptes First sont des produits d'assurance-vie de branche 21 au rendement garanti et éventuellement assortis d'une participation au bénéfice complémentaire, plus communément appelé assurance épargne. Les contrats First doivent leur énorme succès à leur coût peu élevé et leurs rendements importants.

Il s'agit ici des contrats First A conclus avant septembre 2003 et produisant un rendement garanti à vie de 3,44 % en moyenne. Nos compatriotes sont environ 50.000 à détenir un produit de ce genre, soit un capital total de 3,2 milliards d'euros. Ethias offre à ces clients une prime de sortie "unique et exceptionnelle" proche de 14 %. Si 100 % des clients acceptaient l'offre, cela coûterait 450 millions d'euros à la compagnie d'assurances.

Envoi de courriers

Ce n'est pas la première fois qu'Ethias incite ses clients à se défaire de leurs comptes First. L'assureur a déjà envoyé plusieurs lettres à ses clients pour leur proposer un bonus ou une réduction s'ils décident de passer à un produit financier d'un autre assureur ou d'une autre banque. Le client pouvait récupérer "intégralement ou partiellement" ses économies "à des conditions très avantageuses".

Ces lettres permettent à Ethias de prouver à la Commission européenne les efforts déployés pour démanteler son portefeuille d'assurances-vie. En contrepartie des aides publiques reçues au plus fort de la crise, la Commission a en effet exigé que ce portefeuille, estimé à environ 8 milliards d'euros, soit entièrement revendu ou supprimé.

Au départ, Ethias a tenté de revendre en bloc son portefeuille d'assurances-vie. Mais vu les taux historiquement bas et les rendements garantis déraisonnablement élevés, l'assureur n'a pas trouvé preneur. Les assurances non-vie d'Ethias, par contre, suscitent un certain intérêt.

Ces anciens contrats First deviennent donc lentement mais sûrement un véritable boulet financier pour Ethias. Vu la baisse constante des taux, l'assureur perd de l'argent. Il ne peut plus réinvestir les obligations de son portefeuille d'investissement venant aujourd'hui à échéance à des taux aussi élevés sans prendre de risques disproportionnés.

Exemple : le taux belge à 10 ans ne dépasse pas 0,6 %. Seuls des pays comme la Grèce, la Turquie et la Russie proposent encore plus de 3,44 % sur des obligations d'Etat d'une durée de 10 ans. Mais ces placements sont tout sauf sûrs.

Quatre fois l'intérêt annuel

Ethias promet aux clients qui réclameront leur mise avant le 31 mars 2015 une prime équivalente à quatre fois les intérêts de 2014. "Cette proposition peut être intéressante pour ceux qui auront besoin d'argent au cours des prochaines années", déclare le porte-parole d'Ethias.

La règle est la même pour les particuliers que pour Ethias. S'ils réclament le capital de leur premier contrat First, ils peuvent le réinvestir immédiatement dans un produit sûr à rendement stable qui rapporte autant. Les produits First sont très sûrs depuis que l'Etat belge garantit jusqu'à 100.000 euros par client. Cette extension de la garantie de dépôt aux produits d'assurance-vie de branche 21 date d'après la crise bancaire de 2008.

Quelles alternatives ?

La même garantie d'Etat vaut pour les comptes à vue, d'épargne et à terme, les emprunts populaires et la plupart des bons de caisse. Pas facile toutefois de trouver des produits offrant le même rendement que ceux d'Ethias.

Pour ce qui est des comptes à terme, Nemea Bank sort du lot, selon le site Guide-Epargne.be. Cette banque maltaise offre 4 % brut (3 % net) sur un compte à terme de cinq ans, soit nettement plus que les autres banques. Mais on ne sait pour ainsi dire rien de cette institution et l'argent placé sur ces comptes n'est pas couvert par la garantie d'Etat belge mais par une garantie maltaise.

BKCP propose le taux le plus élevé sur le marché des comptes à terme d'une durée de 10 ans. La banque offre un taux annuel de 2,8 % brut sur une période de 10 ans, soit 2,1 % après déduction du précompte mobilier. C'est nettement moins que les produits First A d'Ethias. Il y a belle lurette qu'un carnet d'épargne ne produit plus autant.

En cas de réinvestissement dans un produit assurance-vie de branche 21, l'investisseur doit s'acquitter -- une fois encore -- d'une taxe assurance de 2 %. Il devra en outre se contenter d'un rendement garanti de 2,15 % pour l'immobilisation de son argent pendant huit ans. L'an dernier, on trouvait encore quelques assureurs qui reversaient à leurs clients un rendement légèrement supérieur à 3 %, compte tenu de la participation au bénéfice.

Sondage

Toute la question est aujourd'hui de savoir combien de clients donneront suite à la proposition d'Ethias. "Difficile à dire, a déclaré le CEO Bernard Thiry dans une interview au Tijd. Nous avons sondé notre clientèle fin décembre et 46 % ont exprimé une intention de sortie. Pour rester prudents, nous restons sur une estimation de 10 à 20 %, mais notre objectif est bien de voir 100 % des clients sortir."

Ethias étudie actuellement un plan B, au cas où les clients se cramponneraient à leurs comptes First de première génération. Selon le quotidien De Tijd, l'assureur envisage de cantonner les assurances-vie dans un véhicule dont l'Etat se porterait garant. Un deuxième Dexia donc. Après la bad bank, on créerait la bad insurance. Autrement dit, le montant de la facture pour le contribuable dépendra en fin de compte de l'opportunisme des clients First.

Outre le problème que représentent les comptes First de première génération, il y a encore pour environ 600 millions d'euros d'autres contrats First en cours. Mais ceux-ci ne posent pas vraiment de souci puisque le taux n'est pas garanti à vie et retombera à zéro au bout de huit ans et un jour. La plupart des clients retirent d'ores et déjà leurs billes.

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