Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

13/10/10 à 15:07 - Mise à jour à 15:07

Fièvre de l'or = peur du papier

Le dollar a entamé une forte glissade. Simultanément, l'or aligne tous les jours de nouveaux records. S'agit-il d'une nouvelle bulle ou ce phénomène cache-t-il d'autres tendances dans les marchés financiers ?

Fièvre de l'or = peur du papier

Le dollar a entamé une forte glissade. Simultanément, l'or aligne tous les jours de nouveaux records. S'agit-il d'une nouvelle bulle ou ce phénomène cache-t-il d'autres tendances dans les marchés financiers ?

C'est à nouveau la guerre mais seulement une guerre monétaire. Du moins s'il faut en croire les médias ces derniers jours. Du Brésil aux Etats-Unis en passant par l'Europe, partout on se lamente haut et fort. Et ces jérémiades sont parfois perturbantes : le dollar est trop cher, clament les Américains, trop bon marché, répliquent les Européens. Le FMI trouve le billet vert trop cher tandis que l'OCDE le voit se renforcer.

Une devise faible, cela se mérite

On ne peut certainement pas reprocher aux Américains et à leur Banque centrale de ne pas avoir tout mis en oeuvre pour avoir une devise faible. D'abord, ils ont mené une politique de délocalisation de l'industrie. Puis, ils ont appauvri la population en la surchargeant de dettes. Ensuite, la Banque centrale a commencé à imprimer des billets, ils ont gonflé leur bilan avec du papier toxique, ont crié du haut de tous leurs gratte-ciel qu'ils créeraient de l'inflation et ont nommé Ben Bernanke à la tête de la FED après le règne Brejnévien d'Alan Greenspan. En résumé, on peut affirmer que les USA ont vraiment tout fait pour avoir une devise faible et que le monde extérieur n'apprécie pas encore cet effort à sa juste valeur. Dans les couloirs de Washington, on parle ouvertement de la nécessité d'un dollar faible, un Death Wish dont ils croient qu'il les délivrera de tous les maux économiques.

L'or est un refuge

La hausse du prix de l'or va étroitement de pair avec la perte de crédibilité du dollar mais il y a plus. La hausse spectaculaire du prix du métal jaune n'a démarré vraiment qu'à l'approche de la crise financière lorsque des gens qui avaient la mémoire plus longue que la masse dominante de l'époque, ont réagi à l'arrivée sur le devant de la scène de Fannie et Freddie, au tsunami de poison financier libellé en trois lettres ainsi qu'à la méfiance à l'égard des labels de qualité en trois lettres, en se réfugiant dans l'or.

Peut-on s'étonner que le prix de l'or vole de record en record quand les gardiens du système monétaire international se comportent de façon inconsidérée ? Quand quelqu'un peut, avec l'autorisation du capitaine, jouer avec des allumettes sur le pont d'un pétrolier, l'équipage se tire d'abord en douce et prend ensuite d'assaut les chaloupes de sauvetage.

La Chine semble être le seul pays économiquement significatif, qui soit parvenu à maintenir un système financier stable. Toutefois, les fabuleuses réserves externes qui tutoient à présent les 2.000 milliards de dollars, perturbent fortement les observations. Car le système interne chinois est miné par une masse de mauvais crédits, des banques vacillantes et des entreprises publiques opaques.

En termes relatifs, la Chine est peut-être l'un des meilleurs élèves de la classe. Le pays achète aussi autant que possible l'or que les pays occidentaux ont déjà vendu. Quelle clairvoyance de la part de nos banquiers centraux occidentaux que de vendre leur or à partir de 400 dollars et de se diversifier en papier obligataire !

La guerre monétaire internationale est en réalité une course d'ivrognes sur une pente abrupte de crédibilité en baisse et de refus de s'attaquer en profondeur à l'addiction occidentale à l'endettement, et elle n'a pas grand-chose à voir avec une politique commerciale. Ce sont les dettes occidentales qui sont la véritable bulle d'aujourd'hui et pas le prix de l'or.

Réactions : trends@econopolis.be

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