Quel potentiel offre l'e-commerce à nos entreprises ?

En Belgique, les dépenses en ligne représentaient au deuxième trimestre 2016 près de 8,7 milliards d'euros en glissement annuel, soit 2,1 % du PIB, selon BeCommerce Market Monitor, une enquête réalisée par GfK.

Quel potentiel offre l'e-commerce à nos entreprises ?

© B.Vanden Eynde/whitevision

Du côté des consommateurs belges, 64 % ont effectué au moins un achat en ligne l'année passée selon un sondage réalisé par Comeos (Fédération belge du commerce et des services) alors qu'ils n'étaient que 45 % en 2010. De plus, le montant mensuel dépensé en moyenne a aussi augmenté : de 130 euros en 2011 à 199 euros en 2016.

LA BELGIQUE SEMBLAIT EN AVANCE

Ceci étant, l'élan semble s'essouffler ces deux dernières années et en 2016 peu de nouveaux utilisateurs sont entrés sur le marché, en partie en raison de la difficulté à tester ou essayer un produit avant de l'acheter. Cela reste la barrière principale à l'achat. Du coté des entreprises belges, une entité non financière sur quatre a réalisé en 2015 au moins 1 % de son chiffre d'affaires grâce aux ventes en ligne, selon Eurostat. Au niveau européen, c'est comparable aux résultats suédois ou allemands et seule l'Irlande dépasse sensiblement notre pays avec un taux de 32 %. Alors que la Belgique semblait en avance face aux autres pays européens il y a quatre ou cinq ans, un rattrapage semble se dessiner depuis lors et la concurrence européenne est désormais plus importante.

Des barrières souvent citées par les acteurs de l'e-commerce affectant le développement sont le manque de flexibilité au niveau de l'emploi, des législations trop contraignantes et un retard technologique notamment au niveau du paiement électronique. Une succincte analyse de l'e-commerce en Belgique nous dévoile donc des entreprises belges rattrapées par la concurrence européenne et un nombre d'e-consommateurs stagnant. Malgré ce constat, il reste, selon nous, en Belgique un potentiel de développement important. La tendance du consommateur belge au niveau de l'adoption des technologies liées à Internet suit de près celle des Pays-Bas mais avec un retard de quatre à sept ans. En extrapolant cette tendance, on peut donc imaginer une augmentation de l'accès à Internet et des achats en ligne de 5 à 10 points d'ici 2018. En d'autres termes, en 2018, entre 295.000 et 590.000 Belges (de plus de 18 ans) supplémentaires effectueraient au moins un achat durant l'année écoulée.

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En 2018, entre 295.000 et 590.000 Belges (de plus de 18 ans) supplémentaires effectueraient au moins un achat durant l'année écoulée.

En supposant que le montant des dépenses par consommateur reste stable, cela représenterait pour l'ensemble de l'année 2018 une demande supplémentaire pour le secteur située entre 700 millions d'euros et 1,4 milliard d'euros. Toutefois, une partie de ce montant serait dirigé vers des entreprises situées à l'étranger. De plus, si ce mouvement n'est pas accompagné d'une hausse de la consommation, alors cette hausse des ventes en ligne aurait un impact négatif sur le chiffre d'affaires des entreprises qui n'ont pas d'offre sur Internet.

Reste que l'avènement de l'e-commerce induit nécessairement une transformation au niveau du marché du travail et même si l'e-commerce devait créer un nombre significatif d'emplois dans les prochaines années, il ne faut pas oublier que cela se ferait aussi aux dépens d'emplois dans le secteur de la vente de détail dit traditionnel. C'est le concept, bien connu, de "création destructrice" dû à l'économiste autrichien Schumpeter en 1942.

En définitive, le secteur de l'e-commerce, qui a subi un développement soutenu ces dernières années, paraît quelque peu plafonner et les entreprises belges semblent rattrapées par leurs concurrents européens. Ceci étant dit, la Belgique regorge encore d'un important potentiel de croissance à exploiter tout en sachant que cela pourrait avoir comme impact une profonde refonte de l'emploi dans le secteur de la vente de détail.

GEOFFREY MINNE

Economiste chez ING Belgique

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