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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

12/09/17 à 14:27 - Mise à jour à 18/09/17 à 12:03

'Delhaize Belgique est désormais sous la coupe des Néerlandais d'Ahold'

Ça bouge pas mal chez Ahold Delhaize. La dernière information importante en provenance de Delhaize Belgique, c'est le départ forcé de son patron belge et la reprise en main par le management hollandais.

'Delhaize Belgique est désormais sous la coupe des Néerlandais d'Ahold'

© Belga

Pour les initiés, le départ de Denis Knoops, le patron belge de Delhaize, n'aura été qu'une demi-surprise. En effet, les résultats n'étaient pas très bons: le chiffre d'affaires au premier semestre plafonne à 2,5 milliards d'euros et la plupart des paramètres financiers étaient hélas en dessous des objectifs. Ce départ n'était donc qu'une question de timing.

Pour sa défense, il faut préciser que Denis Knoops avait été nommé en plein marasme de Delhaize et notamment pour défendre un plan social qui avait été élaboré avant lui et sans lui. Il a également dû essuyer les plâtres de la fusion avec les Néerlandais du groupe de distribution Ahold. À l'époque, on parlait d'une fusion entre égaux, autrement dit d'une fusion entre le groupe belge Delhaize et le néerlandais Ahold. Mais les experts savent que quand on parle de fusion entre égaux, bien souvent, la réalité montre, comme le disait Coluche, qu'il y en a toujours un qui est plus égal que l'autre. On peut dire aujourd'hui que Delhaize Belgique est sous la coupe des Néerlandais d'Ahold.

Alors, c'est vrai que le nouveau patron qui a été nommé pour remplacer Denis Knoops est français et non pas néerlandais. Mais il suffit de bien lire le communiqué de presse pour comprendre que ce nouveau venu sera sous tutelle hollandaise. D'ailleurs, le nouveau patron de Delhaize ne portera plus le titre de PDG mais bien de "président de la marque Delhaize Belgique", ce qui n'est pas la même chose. Il devra par ailleurs faire rapport au Néerlandais Wouter Kolk, un dirigeant du groupe Ahold, qui sera donc sa "belle-mère". C'est donc bien une reprise en main de la Belgique par les Hollandais qui a eu lieu, il y a quelques jours. Au fond, ce n'est pas plus mal, car cela met fin à une sorte de faux-semblant, dont plus personne n'était dupe.

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Si les Hollandais d'Ahold Delhaize se lancent dans une guerre des prix, il y a aura du sang dans le secteur

Bien entendu, les syndicats ne sont pas très enchantés de ce changement de régime, ne serait-ce parce qu'aux Pays-Bas, il n'y a pas la même culture de la concertation sociale qu'en Belgique. Par ailleurs, les franchisés de Delhaize Belgique risquent aussi de ne pas être enchantés, car ceux-ci représentent plus de 50% du chiffre d'affaires de Delhaize et ils ont peur que les Hollandais ne se lancent dans une guerre des prix pour gagner des parts de marché. Si c'est le cas, il y a aura du sang dans le secteur, car les autres concurrents du type Colruyt, Aldi et Lidl ne se laisseront pas faire. Les franchisés de Delhaize redoutent ce scénario, car il signifierait que leur marge sera davantage rognée que par le passé.

Les jours et semaines qui viennent diront si Delhaize a simplement changé d'entraîneur et va procéder aux changements par touches successives ou si, au contraire, les Hollandais veulent tout chambouler en Belgique, y compris dans l'assortiment des produits mis à disposition des clients. Allumer la mèche d'un nouveau grand changement serait assez périlleux d'après les spécialistes...

En attendant, dans la distribution, la guerre continue, et sur tous les fronts: à gauche, il faut se méfier d'Amazon et des autres e-commerçants, et à droite, ce sont les hard discounters qui rognent sans cesse les marges du secteur. Il y a des métiers plus faciles que d'être épicier en 2017...

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