Après l'Orval, une blonde

11/08/14 à 12:01 - Mise à jour à 12:01

Source: Trends-Tendances

Une nouvelle bière belge brassée en Angleterre : le concept est audacieux. Jean-Marie Rock, ancien directeur technique de la brasserie et la fromagerie de l'abbaye d'Orval, n'imaginait pas qu'il passerait par ce détour pour sortir la bière qu'il promettait de brasser, après son départ à la retraite et deux bonnes décennies passées à perfectionner les trappistes.

Après l'Orval, une blonde

© Robert van Apeldoorn

C'est la solution qu'il a trouvée pour sortir cet été "sa" bière, une blonde pâle à 6,6% d'alcool, aux fines bulles, aussi éloignée que possible qu'une trappiste, pas moins plaisante. Le projet original prévoyait la construction d'une brasserie de 10.000 hectolitres de capacité annuelle, à Bouillon, sur la N86, à Sensenruth, sur une terrain de 1,5 hectare. Le permis s'étant fait attendre près de 3 ans, Jean-Marie Rock a préféré sortir une bière dans une brasserie amie, à Londres, la Meantime Brewing Company, en attendant. La première production commercialisée à partir de ce mois d'août représente 800 hectolitres. Elle est fort attendue car Jean-Marie Rock est une personnalité dans le monde des brasseurs. Un capital de 200.000 euros Le projet est l'oeuvre d'une association entre Jean-Marie Rock et Jean-Didier Buisset, qui ont fondé en 2011 la sprl Greenbrew, au capital de 200.000 euros, pour lancer la bière "Monsieur Rock". Les associés se connaissent de longue date : Jean-Marie Rock, à la brasserie d'Orval, était client de Jean-Didier Buisset, chef d'entreprise et fournisseur (notamment) de matériel de brasserie. Le partage des tâches pour Greenbrew est clair : à Jean-Marie Rock la conception et la production de la bière, "c'est le grand sorcier" dit Jean-Didier Buisset. Ce dernier s'occupe, lui, de l'administratif, l'organisation, la finance, et aussi du marketing, puisqu'il a convaincu son associé d'utiliser son nom sur la bouteille. Il s'intéresse à la bière par passion familiale. "J'ai un arrière-arrière-arrière-grand-père qui brassait le bière à Boitsfort. Puis la famille s'est convertie en vendant du matériel de brasserie" dit Jean-Didier Buisset. Une levure secrète Le tandem espère produire la bière à Bouillon d'ici deux ans, lorsque la brasserie sera construite. La bière imaginée par Jean-Marie Rock, qui provient d'anciennes recettes appliquées naguère par Jean-Marie Rock dans ses jeunes années brassicoles. "Elles ne sont plus utilisées, c'était dommage", explique-t-il. Le secret de fabrication tient dans la levure utilisée, sur laquelle le brasseur reste fort discret. La bière continue la fermentation en bouteille, avec un mélange de deux levures, afin de brouiller les pistes sur la levure utilisée pendant la fermentation (à basse température) antérieure. "Dans le monde des brasseurs, il y a beaucoup de copie, cela me surprend toujours". Quasiment le prix d'une trappiste Si l'on en croit les tarifs, la bière est ambitieuse. Le tarif suggéré pour l'horeca est de 4 euros. Dans les rayons de Delhaize, où la bière Monsieur Rock est distribuée, le prix se situe au niveau des trappistes, situées déjà dans la fourchette haute, à 1,89 euro pour 33 cl (une Rochefort 10° coûte 2,05 euros, à 8°, 1,44 euros), au-dessus de la Duvel (1,6 euro pièce en pack de 4). Ce qui en fait un peu la BMW ou la Mercedes des bières.

Dans le monde de la bière, les spéciales ne vendent pas les quantités des pils à grande diffusion. Une boite de 33 cl de Stella Artois ou de Jupiler se vend à moins d'un euro pièce, mais la rentabilité est gagnée sur la quantité, comme on peut le voir dans les résultats d'AB Inbev.

Une brasserie modeste, mais... S'il ne faut pas comparer la nouvelle bière à une trappiste d'Orval, il ne faut pas davantage comparer la capacité de production. Avec 10.000 hectolitres par an, "Monsieur Rock" restera une bière premium, certes, mais modeste dans ses objectifs en quantité. La brasserie d'Orval, fondée en 1931, a une capacité de 70.000 hectolitres par an, Rochefort, 40.000 hectolitres. Avec 10.000 hectolitres, la brasserie Greenbrew arrive au stade de la petite PME. "Sur les quantités, nous ne savons pas encore bien prévoir la demande" reconnaît Jean-Marie Rock, dans l'anxiété des premières semaines.

Les associés n'ont pas de gros budget publicitaire style AB Inbev pour lancer "Monsieur Rock" mais disposent d'un bon carnet d'adresses, de précieuses relations avec des distributeurs, en Flandre comme en Wallonie, qui devraient aider "Monsieur Rock" à se diffuser dans l'horeca. Avec ce qu'il faut d'accessoires pour intéresser les restaurants et les cafés (les verres, les cartons,...). Delhaize a accepté de distribuer la bière dans ses propres supermarchés, en exclusivité (les franchisés AD Delhaize ont le choix de distribuer ou non la bière).

Pas de bacs en plastique ni de vidanges reprises La brasserie Greenbrew est destinée, selon ses fondateurs, à rester familiale. Jean-Marie Rock et Jean-Didier Buisset la destine à leurs enfants et petits-enfants, présents à la présentation de la bière à Bouillon, le 6 août dernier.

La production temporaire à Londres se fait dans des installations où Greenbrew dispose de son matériel pour brasser la bière au goût belge. Jean-Marie Rock et Jean-Didier Buisset ont imaginé un mode de distribution adapté à cette situation très particulière. Les bières sont distribuées dans des bouteilles aux vidanges non reprises, dans des cartons de 12. Jean-Didier Buisset : "C'est à la fois plus pratique au plan logistique et moins problématique pour l'environnement. La reprise des vidanges nous aurait obligé à ramener les bouteilles en Angleterre, puis il aurait fallu des installations de lavage."

Robert van Apeldoorn

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