Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

01/04/14 à 13:42 - Mise à jour à 13:42

Et la Crimée?

Vous aurez sans doute remarqué que peu à peu l'affaire de la Crimée quitte la une de nos médias... Pourtant, nous avions bien l'impression, à lire la presse et à écouter certains hommes politiques, que nous allions revivre un nouvel épisode de la guerre froide. Mais au fond, cet effacement progressif de la Crimée de l'actualité était prévisible par une seule déclaration : celle du ministre allemand de l'économie, Sigmar Gabriel. En plein débat sur de possibles sanctions économiques contre Moscou, il avait déclaré le plus simplement du monde : " il n'y a pas d'alternative raisonnable au gaz en provenance de Russie pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe !"

Aujourd'hui, on parle de négociations, mais souvenez-vous de ce que disaient les experts en géopolitique, ils prédisaient le chaos en raison de la violation des frontières de l'après deuxième guerre mondiale. Quant aux économistes et autres analystes financiers, ils nous alarmaient sur les terribles conséquences économiques et financières de cette annexion. Bref, non seulement une guerre était possible, mais en plus, le désordre économique était à nos portes !

Mais aujourd'hui, que constate-t-on ? Que les marchés financiers ont accepté l'annexion de la Crimée, que le rouble et la Bourse de Moscou avaient même repris quelques couleurs après cette annexion. Les marchés financiers partent du principe que Poutine a eu ce qu'il voulait et qu'il n'ira pas plus loin pour éviter une confrontation avec l'Occident. Quant à l'Europe, outre sa dépendance envers le gaz russe, elle ne voudra pas non plus voir l'Ukraine tomber en faillite et se retrouver à devoir l'aider massivement comme elle l'a fait pour la Grèce. Elle n'en a pas les moyens. Sans oublier que l'Ukraine voudra malgré tout restaurer son commerce avec la Russie et éviter le ressentiment des populations russophones sur son territoire.

Au fond, comme l'analysait le New York Times, tout cela était prévisible pour une raison très simple : les hommes politiques, les médias et même les analystes financiers ont parfois intérêt à dramatiser ce genre de situation.
Les médias, parce que les batailles sont plus intéressantes en terme d'audimat que les négociations (ah, l'image des blindés, cela parle plus aux gens qu'un diplomate en costume cravate), les politiciens élèvent la voix et bandent les muscles car cela leur donne une image de fermeté (n'est pas Churchill qui veut), et les analystes financiers, eux, justifient leurs salaires élevés en établissant des scénarios du pire pour occuper le terrain médiatique.

Bref, après les coups de menton, on finit par discuter ferme, comme d'habitude. Au fond c'est un remake du Roi Lear qui déclamait qu'il allait faire des choses terribles. Lesquelles ? Il n'en savait rien. Mais ces choses feraient assurément trembler la Terre de terreur. Ah bon ?

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