Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/12/10 à 12:58 - Mise à jour à 12:58

Eric Cantona a fait un "flop"... heureusement !

Même si les banques sont en partie à l'origine de cette crise, la solution Cantona, pour séduisante qu'elle soit aux yeux de certains, se serait d'abord retournée contre les citoyens les plus faibles.

Mardi dernier, une vingtaine de journalistes français ont fait le pied de grue pour rien. Ils ont attendu toute la journée la venue d'Eric Cantona. L'ancienne star du ballon rond devait venir à l'agence BNP Paribas située dans le village d'Albert, dans la Somme. Une agence qui avait préparé, à sa demande, une certaine somme d'argent. A la fermeture de l'agence, à 18 h, personne ! Eric Cantona ne s'était toujours pas présenté alors qu'il tourne un film dans la région.

Bref, la star du foot qui avait - indirectement - incité les français mais aussi les Belges à retirer le 7 décembre leur argent de la banque n'a pas respecté son engagement. A l'instar de l'ancien footballeur, la plupart des internautes qui avaient annoncé qu'ils videraient leur compte n'ont pas été au rendez-vous. Rien. Nada.

Quant à la page dédiée par Facebook à cet appel à retirer notre argent des banques, seulement quelques dizaines d'internautes affirmaient avoir suivi l'appel. Un chiffre à comparer avec les soi-disant 40.000 volontaires au départ.

Même à gauche, l'idée de Cantona n'a pas fait sourire. Martine Aubry, n° 1 du Parti socialiste français, a même estimé que l'ex-footballeur marquait "un but contre son camp".

Il faut dire qu'Eric Cantona est mal pris. En parlant rapidement, il avait juste oublié qu'il était marié à l'actrice Rachida Brakni, qui, manque de pot pour lui, apparaît dans des spots publicitaires au bénéfice de... la banque LCL. Bref, c'est un peu l'histoire de l'arroseur arrosé.

Ce flop médiatique est aussi un soulagement pour beaucoup d'observateurs. Même si les banques sont en partie à l'origine de cette crise, la solution Cantona, pour séduisante qu'elle soit aux yeux de certains, se serait d'abord retournée contre les citoyens les plus faibles.

Si l'appel de Cantona avait été massivement suivi, cela se serait en effet traduit par une défiance des marchés financiers, comme cela s'est passé en Grèce et en Irlande lorsque les épargnants ont retiré leur argent des banques locales. Le résultat a été simple : ce sont les Etats grec et irlandais qui ont dû sauver les banques en question. C'est donc l'Etat qui s'est endetté et, in fine, c'est lui qui a dû payer un intérêt supplémentaire aux marchés financiers. Au bout du compte, c'est le citoyen grec ou irlandais qui a vu ses impôts augmenter.

Voilà pourquoi, en ce mercredi 8 décembre, on peut pousser un ouf de soulagement.

Nos partenaires