Zuckerberg au Congrès: des excuses, des promesses... mais pas de révolution

12/04/18 à 10:54 - Mise à jour à 10:54

Source: Afp

Pendant dix heures d'auditions mardi et mercredi, Mark Zuckerberg a défendu vigoureusement Facebook et refusé de remettre en cause le modèle économique du réseau social, renvoyant ainsi la balle aux parlementaires qui souhaiteraient imposer une forme de régulation du secteur, que lui-même juge "inévitable".

Zuckerberg au Congrès: des excuses, des promesses... mais pas de révolution

Mark Zuckerberg © Reuters

Costume et cravate sombres, les yeux rougis par la fatigue, le PDG de Facebook est passé mercredi sur le grill d'une commission parlementaire à la Chambre des représentants qui l'ont assailli de questions. Il a tenté, comme la veille au Sénat, de déminer le terrain après des semaines de critiques violentes.

Au menu essentiellement: la lutte contre la manipulation politique et la protection des données personnelles des utilisateurs après le retentissant scandale Cambridge Analytica, du nom de la firme britannique qui a mis la main à leur insu sur les données personnelles de dizaines de millions d'utilisateurs.

Comme il l'avait déjà fait à plusieurs reprises, Mark Zuckerberg, prudent, a fait amende honorable pour les "erreurs" passées, et a écouté sans broncher les remontrances des parlementaires lui demandant des comptes et menaçant de réguler internet et les réseaux sociaux. Il ne s'est pas montré hostile sur le principe, tout en prenant soin d'élargir la problématique au-delà de Facebook.

"L'importance d'internet grandit dans le monde et je pense inévitable une certaine forme de régulation", a-t-il dit, tout en affirmant que celle-ci devait être "étudiée attentivement" pour ne pas entraver les petites sociétés.

Il s'est aussi montré fataliste, prévenant que "même 20.000 personnes" ne peuvent pas regarder tous les contenus sur le réseau pour les filtrer. C'est pour lui une façon de signifier que Facebook fait son maximum mais que la balle est désormais dans le camp des législateurs.

Le représentant Frank Pallone, entre autres, a appelé le Congrès à "prendre des mesures immédiates pour protéger notre démocratie". "Les avertissements étaient partout, pourquoi personne ne les a vus?", a-t-il demandé.

"Frankenstein et Peter Pan"

"Ces auditions sont une étape importante pour l'avenir des réseaux sociaux. C'est une première étape vers l'écriture d'une réglementation indispensable", estime Jennifer Grygiel, spécialiste du sujet à l'université américaine de Syracuse. Mais pour l'association de consommateurs Consumer Watchdog, l'exercice n'était guère motivé que par un problème de "relations publiques".

Pendant les deux auditions, Mark Zuckerberg a expliqué inlassablement comment fonctionnait le réseau social et affirmé que Facebook "ne vend pas de données" aux annonceurs publicitaires. Il a aussi défendu bec et ongles le modèle économique de son réseau social, qu'il juge "sûr" et qui ne constitue en rien un "monopole" malgré ses plus de deux milliards d'utilisateurs.

Au point parfois de refuser de répondre directement aux questions, comme le lui ont reproché plusieurs élus. A une représentante qui lui demandait s'il était prêt à changer le modèle économique de Facebook, actuellement gratuit car financé par la publicité, "dans l'intérêt de la protection de la vie privée", il a répondu : "je ne suis pas sûr de ce que cela veut dire".

Il a aussi laissé des questions sans réponse claire, notamment sur le fait de savoir pourquoi il n'avait pas alerté dès 2015 sur Cambridge Analytica. "Nous aurions dû le faire, c'était une erreur", a-t-il dit.

Zuckerberg au Congrès: des excuses, des promesses... mais pas de révolution

© Dino

De fait, l'échange entre les parlementaires et le jeune dirigeant a parfois tourné au dialogue de sourds, tant certains élus, en particulier au Sénat mardi, semblaient mal maîtriser les enjeux technologiques et économiques du débat.

"Personne ne pourra réglementer efficacement Facebook tant que les législateurs n'auront pas une connaissance juste de comment il fonctionne", a commenté Danna Young, enseignante en communication à l'université du Delaware.

Quant à M. Zuckerberg, "il est atteint à la fois des syndromes Frankenstein et Peter Pan. Il est dépassé par sa création et fait dans le même temps preuve d'une naïveté, vraie ou fausse qui interroge", résume Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l'information à l'université française de Nantes.

M. Zuckerberg a aussi pris soin de ménager la Commission européenne en qualifiant "d'étapes positives" le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entre en vigueur le 25 mai. Ce qui lui a valu les remerciements ironiques de Vera Jourova, la commissaire européenne à la Justice et à la Protection des consommateurs: "Je cherchais comment faire campagne pour notre règlement sur la protection des données. Voilà, c'est fait".

En revanche, la prestation de M. Zuckerberg a semblé satisfaire les investisseurs: l'action Facebook a repris des couleurs mardi et mercredi en Bourse après avoir beaucoup dégringolé depuis la mi-mars.

Les déclarations de Mark Zuckerberg

Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a répondu pendant quelque dix heures mardi et mercredi aux nombreuses questions des parlementaires américains dans le sillage du scandale Cambridge Analytica. Voici les principaux points.

Excuses et promesses

"Il est évident aujourd'hui que nous n'avons pas fait assez pour empêcher (nos) outils d'être utilisés de façon mal intentionnée. C'est valable pour les +fake news+, les ingérences étrangères dans les élections, les discours haineux et (...) la protection des données personnelles. Nous n'avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c'était une grosse erreur. C'était mon erreur et je suis désolé", a-t-il dit.

Conditions d'utilisation et paramètres plus clairs, meilleur contrôle des entités diffusant des messages politiques, audits internes, embauche de personnel pour la sécurité, meilleurs outils d'intelligence artificielle, limitations des données auxquelles accèdent les applications tierces, il a énuméré toutes les mesures passées ou en cours pour faire mieux.

Il a toutefois prévenu que "même 20.000 personnes (chargées de cette mission au sein du réseau social) ne peuvent surveiller" tous les contenus circulant sur le réseau.

Mark Zuckerberg

Mark Zuckerberg © Reuters

Régulation

"L'internet grandit en importance autour du monde, dans la vie des gens, et je pense qu'il est inévitable qu'il y ait une certaine régulation", a-t-il dit, tout en affirmant que celle-ci devait être "étudiée attentivement".

Interrogé à de nombreuses reprises, sur le nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles, appelé "RGPD", qui doit entrer en vigueur le 25 mai, ce sont "des étapes très positives" a répondu le chef d'entreprise. Quant à savoir si les utilisateurs américains en bénéficieront, "nous travaillons afin de le faire aussi vite que possible", a-t-il dit.

Données personnelles, publicité et modèle économique

M. Zuckerberg a martelé plusieurs fois que "tout le monde mérite une bonne protection de la vie privée" tout en reconnaissant avoir failli dans la protection des données de ses utilisateurs.

"Facebook ne vend pas de données personnelles" aux annonceurs publicitaires, a-t-il aussi martelé. "Nous leur permettons de cibler" les utilisateurs grâce aux données que détient Facebook, a-t-il nuancé.

Pourquoi ne pas avoir averti les usagers dès 2015 quand Facebook a appris que leurs données étaient arrivées chez Cambridge Analytica ? "Nous aurions dû avertir (les usagers), c'aurait été la bonne chose à faire", a-t-il dit.

En revanche, il s'est montré inflexible sur le modèle économique au coeur de Facebook.

A la question d'un sénateur qui lui demandait si le réseau aux deux milliards d'utilisateurs n'était pas un monopole, M. Zuckerberg a répondu : "je n'ai pas cette impression".

Est-il prêt à changer le modèle économique de Facebook, actuellement un réseau social gratuit financé par la publicité, "dans l'intérêt de la protection de la vie privée?" Mark Zuckerberg a évité de répondre directement à la question: "je ne suis pas sûr de ce que cela veut dire", s'est-il contenté de répondre.

Interrogé sur le point de savoir si Facebook, le plus grand réseau social mondial, sera toujours gratuit, Mark Zuckerberg a répondu: "Il y aura toujours une version de Facebook qui sera gratuite. C'est notre mission de connecter les gens partout dans le monde et de les rapprocher et, pour ce faire, nous estimons que nous devons apporter un service que tout le monde peut s'offrir".

La manipulation russe

"Nous avons été lents à identifier" les interférences étrangères, a-t-il une nouvelle fois admis, rappelant que Facebook avait fermé nombre de comptes et pages gérées par l'Internet Research Agency, soupçonnée d'être une ferme à trolls payée par Moscou pour semer la dissension dans la société américaine, en particulier au moment de la présidentielle de 2016.

Il a assuré que sa société était engagée dans "une course aux armements" contre "des gens en Russie dont le travail est de tenter d'exploiter nos systèmes et d'autres systèmes sur internet".

Facebook "travaille" avec le procureur spécial Robert Mueller qui enquête sur de possibles interférences venues de Russie destinées à peser dans l'élection présidentielle américaine de 2016.

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