Wingly, le "Blablacar du ciel"

09/08/17 à 11:06 - Mise à jour à 11:06

Source: Afp

Il est 9h30 sur l'aérodrome de North Weadley, près de Londres, et Adam Nicholas, 27 ans, s'apprête à survoler la capitale britannique grâce à une start-up française qui propose une application de coavionnage.

Wingly, le "Blablacar du ciel"

© Capture d'écran YouTube

"C'est une manière exceptionnelle de voler. C'est une expérience unique", s'enthousiasme le jeune homme dont c'est le deuxième voyage avec Wingly, qui met en relation pilotes et passagers pour des vols d'agrément sur de courtes distances et à bas prix.

Il y a quelques mois, ce Londonien avait offert une escapade surprise au Touquet (France) à sa petite amie. "On a pris l'avion le matin, on a déjeuné là-bas, bu du vin... et ensuite on est revenu dans la soirée", raconte-t-il.

Cette fois, il va survoler Londres à bord d'un Cessna 172 avec Somasekhara Pemmiredy, 34 ans, 290 heures de vol au compteur et l'ambition de travailler un jour pour une compagnie aérienne.

Responsable de la sécurité d'un aéroport de Londres le soir, il pilote dès qu'il peut pour Wingly le jour, un moyen pour lui d'accumuler des heures de vol précieuses tout en partageant les frais.

'Pas le frein de l'argent'

L'application Wingly permet de s'adresser directement aux pilotes.

"En voilà encore un qui veut faire une surprise à son amoureuse...", s'amuse Somasekhara en montrant une nouvelle requête qu'il vient de recevoir sur son téléphone. "Il y a un mois, j'ai reçu une demande pour un départ dans l'heure suivante. Coup de chance, c'était mon jour de repos et le couple a pu célébrer son anniversaire sur les côtes françaises".

Pour son vol avec Nicholas, il n'omet de lui donner aucun détail: vitesse, trajet, altitude. Et une fois les vérifications techniques effectuées, ils décollent tous deux à bord du quadriplace, propriété d'un aéroclub.

Après une heure passée à 2.000 pieds, ils sont de retour sur terre, sourire aux lèvres.

L'objectif de Wingly est de démontrer que l'aviation privée est accessible", explique l'un de ses trois fondateurs, Emeric de Waziers, alors que voler reste une passion largement réservée à un petit nombre de privilégiés.

Lui-même pilote, le jeune homme de 25 ans, interrogé en France, souligne que le coavionnage "permet de voler moins cher et de vivre cette passion sans que l'argent soit un frein".

L'idée n'est en aucun cas de faire de l'ombre aux vols commerciaux ou autres modes de transport, affirme-t-il encore, soulignant se concentrer sur l'aspect "loisir et découverte" et cibler des destinations difficiles d'accès par les modes de transports traditionnels.

'Blablacar du ciel'

Les vols proposés par Wingly ne couvrent que des distances courtes et peuvent être annulés à tout moment en raison de la météo. Les trajets les plus populaires sont Londres-Le Touquet, Paris-Ile d'Yeu ou Paris-Belle Ile.

A l'appellation "l'Uber du ciel", Emeric préfère celle de "Blablacar du ciel" car Wingly permet de partager les frais du vol mais n'offre pas de rémunération aux pilotes.

Très populaire au Royaume-Uni et en Allemagne, le coavionnage n'a pas encore pris son envol en France à cause des restrictions imposées par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) jusqu'à très récemment. Cette dernière limitait les trajets à des vols circulaires de moins de 30 minutes et dans un rayon de 40 kilomètres, avec interdiction d'effectuer des trajets entre deux aéroports. Des restrictions levées par le Conseil d'Etat au mois de juin.

Basée à Paris, Wingly compte déjà 80.000 inscrits en France, Allemagne et Royaume-Uni dont 6.000 pilotes. Quelque 600 passagers par mois se partagent les 30.000 vols proposés sur la plateforme dont le principal concurrent est une autre start-up française, Coavmi.

Avec une croissance de 20% mensuelle depuis sa création et plus aucun frein à son développement, Wingly veut s'attaquer au reste du marché européen pour prouver que l'aviation privée "n'est pas réservée à une élite".

Et avec environ 450 aérodromes rien qu'en France, Emeric se prend à rêver: "C'est presque trois fois plus que de gares TGV".

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