Voitures vertes : la Belgique à la traîne

27/01/11 à 16:40 - Mise à jour à 16:40

Source: Trends-Tendances

Faute d'avoir une vision globale sur ce que devra être la voiture électrique, la Belgique accuse aujourd'hui un retard qui pourrait l'installer en queue de peloton des pays européens en termes de mobilité alternative.

Voitures vertes : la Belgique à la traîne

© Reuters

Cela fait longtemps que les autorités allemandes, néerlandaises, danoises et françaises ont pris des initiatives qui permettent aux acteurs industriels de lancer des plans solides consacrés à la mobilité là où la Belgique s'est contentée de mesures fiscales. "C'est toutefois un début, mais c'est loin d'être suffisant, d'autant que les mesures fiscales concernent de manière spécifique essentiellement les particuliers, alors que chez nous le plus gros contingent des immatriculations se fait au nom de sociétés", analyse Jean-François Marchand, rédacteur en chef d'Energymag, le magazine belge de référence pour les energy managers. Ignorer cet élément, c'est donc un peu passer à côté de la plaque.

Des initiatives existent malgré tout

Malgré ce flou artistique, des initiatives sont prises en Belgique. Comme celle d'Arval, société spécialisée dans le leasing automobile. Dans un premier temps, cette filiale du groupe BNP Paribas Fortis a profité de la construction des nouveaux bâtiments qu'elle occupe à Zaventem pour convaincre le fonds de pension propriétaire du bien qu'elle loue de faire installer 1.500 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit de l'immeuble. Dans un deuxième temps, elle a réceptionné son premier véhicule électrique. Un vrai véhicule, immatriculé "pour de bon" et qui circulera quotidiennement sur les routes. Une Citroën C0 pour laquelle le CEO Stefaan Verwilghen avoue tout de même avoir déboursé environ 30.000 euros. Un gros investissement... En fait, le prix à payer pour permettre aux clients d'Arval de s'acclimater, en conditions réelles, à la conduite électrique.

"Conduire une voiture électrique au quotidien, comme nous allons le permettre à nos clients, n'a rien à voir avec un simple test lors du Salon de l'Auto, insiste Stefaan Verwilghen. Une période d'adaptation est nécessaire pour découvrir ce que représente la conduite sans bruit et surtout apprendre à gérer son approvisionnement en électricité." Une nécessité d'autant plus impérieuse que les bornes de recharge développées dans une logique de maillage ne pullulent pas en Belgique. Hormis les bornes installées par Total dans une douzaine de stations, on ne trouverait encore rien de bien consistant en l'état actuel des choses. Cette prudence n'aurait rien d'étonnant car selon certains spécialistes, le déploiement d'un réseau de bornes de recharge poserait encore certains problèmes réglementaires, problèmes que Total aurait pour l'heure décidé de contourner en considérant cette livraison d'électricité comme un service.

Lorsqu'on s'éloigne de cette logique de maillage, quelques initiatives très intéressantes, et récentes, existent. Notamment celle de Van Wingen. Cette société initialement spécialisée dans les moteurs au gasoil et au gaz a développé une gamme d'unités de mini-cogénérations d'une dizaine de kW. Des petites merveilles d'intégration permettant production de chaleur et d'électricité et alimentation d'une flotte de véhicules électriques pour le surplus. Ce faisant, nul besoin de reverser les électrons non consommés sur place sur le réseau : ceux-ci seraient utilisés pour recharger les véhicules électriques de la société. Des installations répondant parfaitement aux besoins constants en chaleur et en électricité de centres de bien-être, de centres de fitness, de cabinets médicaux, de maisons de repos, de salles omnisports, de piscines, d'écoles, d'hôtels ou encore des nombreuses maisons privées disposant d'une piscine. Avec, au bout du compte, la promesse de réaliser une économie allant jusqu'à 40 % de la facture de mobilité. Autre gros avantage de ces mini-cogénérations : elles ne nécessitent pas l'intervention d'un bureau d'études qui serait chargé d'étudier le dimensionnement de l'installation. C'est bien pensé, car ce détail permet à l'investisseur de réaliser une économie qui atteindrait encore entre 10.000 et 15.000 euros par installation.

Combiner chaleur, électricité et mobilité

Lorsqu'on quitte nos frontières pour aller voir ce qui se passe en Allemagne, on trouve des initiatives encore plus brillantes sur le plan de l'intégration. Dès la fin 1999, le groupe Volkswagen a lui aussi décidé de s'investir dans le développement d'une offre intégrée pour la production combinée d'électricité, de chaleur et de... solutions de mobilité.

En partant du moteur mythique 2.0 l qui a fait ses preuves dans des millions des véhicules comme la Golf, la Touran ou le Caddy..., Volkswagen a imaginé un concept de mini-centrale électrique. Baptisé "EcoBlue", ce projet pensé par le constructeur allemand est actuellement en cours de déploiement avec le concours du fournisseur d'énergie allemand LichtBlick. Les premières centrales de cogénération fonctionnant au gaz naturel ont déjà été installées. Avec, à très court terme, l'ambition de placer 100.000 de ces mini-centrales électriques domestiques un peu partout dans le pays. Des mini-centrales qui permettraient d'assurer le chauffage et la production d'eau chaude des ménages ou des entreprises équipées, mais qui contribueraient pour le surplus à s'inscrire dans le contexte d'une offre électrique globale. Avec cette idée somme toute pas si folle développée par LichtBlick d'interconnecter toutes ces mini-centrales afin de former ce qui deviendrait la plus grande centrale électrique virtuelle d'Allemagne. Anecdotique ? Voire : la capacité ainsi déployée remplacerait deux centrales nucléaires. Et en fin de compte, la boucle serait bouclée avec l'entrée, imminente elle aussi, du groupe Volkswagen dans le marché de la voiture électrique.

Johan Debière

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