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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

16/09/16 à 14:43 - Mise à jour à 14:43

'Un grand danger guette nos entreprises, après la vague de licenciements'

Mon confrère Joan Condijts, rédacteur en chef du journal L'Echo, a raison d'écrire que ce mois de septembre est un septembre noir. Il faut remonter assez loin dans le temps pour retrouver une aussi malheureuse succession de mauvaises nouvelles sur le plan de l'emploi...

'Un grand danger guette nos entreprises, après la vague de licenciements'

© Belga

Quand ce n'est pas Caterpillar qui licencie 2.000 personnes, c'est AXA qui remercie 600 collaborateurs. Et le lendemain, l'assureur P&V en fait autant avec 300 autres collaborateurs qui n'en demandaient tant. Et puis, c'est Douwe Egberts qui annonce dans la foulée en faire autant avec d'autres employés. À croire qu'il y a un effet d'aubaine, et que les employeurs se bousculent au portillon des restructurations, persuadés que leurs annonces de licenciements seront moins voyantes, car perdues dans la masse des mauvaises nouvelles qui se succèdent à une allure forcenée.

À court terme, les entreprises qui procèdent à ces licenciements évitent sans doute d'être trop montrées du doigt, puisque d'une certaine manière elles font comme les autres. Mais à moyen et long terme, les directions de ces entreprises doivent se méfier. Comme le disait le Petit Prince, l'essentiel est invisible pour les yeux. Et l'essentiel, c'est tout ce qui ne figure pas au bilan de l'entreprise... Une entreprise, ce n'est pas seulement du capital et du travail, c'est aussi et surtout de la confiance.

Or, cette confiance est fragilisée aujourd'hui. Avant, ce qui était derrière le contrat de travail, le contrat de confiance, pouvait se résumer comme suit: "tu me payes, et moi je fais ce que tu me commandes". Mais ce contrat a largement vécu, il date d'une autre époque. Pourquoi ? Parce qu'avant, le collaborateur faisait le pari que son patron ou son chef de service savait exactement où il allait et maîtrisait la conduite de sa stratégie. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, la direction - on l'a vu pour Caterpillar - est souvent elle-même perdue. La crise mondiale a créé du brouillard pour tout le monde, et les employés et ouvriers ne sont plus dupes, ils savent que ceux qui sont à la barre ne sont plus en mesure de prévoir ce qui va se passer. À la limite, les employés et les ouvriers ne le leur reprochent même plus, mais ils savent aussi qu'ils ne méritent plus qu'on leur obéisse aveuglément.

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Les dirigeants d'entreprises doivent comprendre que les surcoûts de la défiance peuvent être énormes

C'est là que se trouve le danger pour l'avenir de nos entreprises, la confiance a cédé la place à la défiance. Surtout après ce septembre noir, les directions des ressources humaines et nos dirigeants doivent comprendre qu'il faut rectifier le tir, via des discours, mais aussi des actes, pour éviter que la défiance ne s'installe. Et les surcoûts de la défiance peuvent être énormes, comme l'écrivit en son temps le consultant Hervé Séryex: réticences, blocages, contestations, refus du changement, grèves, délais de mises en oeuvre sans cesse repoussés, élaboration de compromis mous et flous... Bref, autant de facteurs qui conduisent lentement, mais sûrement, l'entreprise vers une mort certaine, même si elle différée.

Mais inversement aux surcoûts de la défiance, peuvent se substituer les dividendes de la confiance. Mais pour cela, il faut restaurer un minimum de sens à l'entreprise. Et comme le disait l'ancien ministre français des Finances Francis Mer, des employés motivés, c'est 20 % de productivité en plus !

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