Restructuration chez Mestdagh: 450 départs, "le personnel ne va jamais tenir"

07/05/18 à 10:25 - Mise à jour à 16:10

Source: Belga

La direction du groupe Mestdagh entend se séparer de 450 travailleurs sur les quelque 2.500 actuellement engagés. Les départs volontaires et à la prépension seront privilégiés, a fait savoir lundi la direction par voie de communiqué. Une stratégie-choc qui suscite de nombreuses réactions.

Restructuration chez Mestdagh: 450 départs, "le personnel ne va jamais tenir"

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La direction a présenté lundi au cours d'un conseil d'entreprise extraordinaire à Gosselies un plan de transformation aux organisations syndicales faisant notamment valoir que la part des frais de personnel dans ses magasins est plus élevée que la moyenne du marché, à 16,3% du chiffre d'affaires des magasins.

"Mestdagh subit la concurrence de plus en plus grande des 'smart discounters' (Aldi et Lidl notamment, NDLR). Par ailleurs, l'e-commerce est une tendance de fond qui séduit de plus en plus de consommateurs. Mestdagh doit absolument s'adapter aux nouvelles tendances de consommation des clients", explique la direction. Selon elle, le consommateur demande des produits simples à utiliser, conçus localement et plus sains.

L'ouverture dominicale est envisagée, les clients prenant "de plus en plus l'habitude de faire leurs grandes courses alimentaires le week-end, et notamment le dimanche". La direction attend de ses effectifs restants "une vraie polyvalence".

Le groupe compte 83 Carrefour Market dont 7 à Bruxelles et 2 en Flandre. Aucune enseigne ne va fermer ses portes. Mestdagh a l'intention d'investir 21,2 millions d'euros dans sa cinquantaine de magasins intégrés d'ici 2020. Les responsables du groupe veulent redynamiser les ventes en investissant dans les rayons boucherie/traiteur, le frais, les fruits et légumes et la boulangerie.

La direction envisage encore de développer "une offre de service multi-canal, (...) incluant notamment un déploiement plus large des Drives (5 sont déjà prévus pour 2018), le déploiement de service de retraits d'achat dans les magasins et le développement de la livraison à domicile au départ de certains points de vente".

La direction a qualifié les résultats du groupe Mestdagh de "décevants" l'an dernier, en perte pour la sixième année consécutive. "Le chiffre d'affaires des magasins intégrés ne cesse de baisser depuis 6 ans (de -2% annuellement, avec une accélération à -5,3% en 2017), la structure de coûts est trop élevée et ne permet pas de garantir la pérennité de la société."

Les syndicats entre "étonnement et 'assommement'"

Les syndicats ont réagi vivement en fin de matinée. "C'est tragique, voire plus que tragique", a indiqué Danny Dubois, permanent CSC. "J'hésite entre étonnement et 'assommement'", a indiqué pour sa part Myriam Delmée, vice-présidente du SETCa.

La suppression de 450 emplois va obliger les magasins à fonctionner avec 10 à 15 travailleurs en moins, selon les syndicats. "Dans certains magasins, cela représentera la suppression d'un quart, voire d'un tiers du personnel", a indiqué Myriam Delmée. Selon elle, la charge de travail va augmenter d'autant plus pour le personnel restant que le recours à l'intérim va diminuer. "Le personnel ne va jamais tenir", a indiqué Danny Dubois.

A la décision de supprimer 450 emplois s'ajoutent d'autres mesures comme la suppression du quart d'heure payé, l'ouverture des magasins le dimanche, la polyvalence. "L'ouverture des magasins le dimanche, c'est une forme de double peine. Comment faire fonctionner des magasins avec moins de monde et un jour d'ouverture en plus?", s'est interrogé Danny Dubois, qui pointe en outre pour le personnel la difficulté de ménager vies professionnelle et privée avec l'ouverture dominicale décidée.

Selon Danny Dubois, le groupe Mestdagh a historiquement dissocié les tâches à la caisse et celles dans les rayons. "C'est une profonde évolution que d'imposer désormais la polyvalence comme les hard discounters", a-t-il indiqué.

"Plus de produits frais, de produits traiteurs, de circuits courts, de bio, un peu d'e-commerce, c'est très bien mais le plan de la direction est essentiellement basé sur des économies qui impactent le personnel", a indiqué Myriam Delmée. La vice-présidente du SETCa n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle la direction du groupe Mestdagh a surdimensionné ses mesures pour se laisser de la marge durant les négociations. "Peut-être mais même amoindries, les mesures annoncées sont très lourdes", a-t-elle indiqué.

De nombreux magasins ont débrayé

Par ailleurs, les employés de nombreux magasins Carrefour Market (Groupe Mestdagh) ont débrayé après l'annonce de la restructuration.

"Les délégués sont partis informer le personnel des mesures annoncées mais les débrayages se poursuivront vraisemblablement au-delà, dans la plupart des magasins", a encore annoncé Danny Dubois (CSC).

Le groupe Mestdagh devra "assumer ses responsabilités"

Enfin, la direction du groupe Mestdagh doit assumer ses responsabilités et mettre "tout en oeuvre" pour limiter le nombre de licenciements, a pour sa part réagi le Premier ministre Charles Michel dans un communiqué. Le gouvernement fédéral est en contact avec la direction et les syndicats.

Le Premier ministre et le ministre de l'Economie Kris Peeters expriment "leur soutien" aux travailleurs et à leurs familles. Ils soulignent que l'employeur devra "assumer ses responsabilités", notamment en matière d'accompagnement des travailleurs licenciés, et mettre "tout en oeuvre" pour limiter le nombre de licenciements.

Le gouvernement s'engage à suivre la situation "au plus près" et à soutenir les travailleurs concernés. "Il étudiera avec les Régions toutes les pistes légales et envisageables" pour les accompagner, poursuit le communiqué.

Kris Peeters ajoute qu'il a pris contact avec les syndicats et souhaite que la procédure Renault démarre dans les plus brefs délais. "Dans le cas d'une telle restructuration, la phase initiale est primordiale", explique-t-il. "L'expérience démontre qu'une concertation avec les syndicats permet dans de nombreux cas de trouver des alternatives et de sauver des emplois." Le ministre souhaite une analyse approfondie sur les alternatives aux licenciements secs.

Une restructuration "intimement liée" à la politique du gouvernement fédéral

Les partis de l'opposition réclament eux des solutions pour préserver l'emploi, alors que les licenciements se multiplient dans le secteur de la grande distribution. Ecolo demande notamment la révision des aides octroyées aux entreprises afin de les "conditionner davantage" au maintien d'un emploi de qualité. "Les entreprises bénéficient de nombreuses aides fiscales, sous la forme de diminution de cotisation sociale, d'un recours facilité au travail étudiant ou via l'instauration des flexi-jobs", explique Patrick Dupriez, coprésident de la formation écologiste. "La contre-partie de tout cela doit être un plus grand respect pour l'emploi et les travailleurs."

Le PTB souligne également son indignation et considère que cette annonce de restructuration est "intimement liée" à la politique du gouvernement fédéral. "Les mesures de flexibilisation permanente du marché du travail mises en oeuvre par le gouvernement sont un feu vert donné à l'ensemble du secteur de la distribution pour tirer à la baisse les conditions de travail", réagit Raoul Hedebouw.

Sur Twitter, le PS appelle lui à l'action "pour arrêter les restructurations sur le dos des travailleurs dans la grande distribution".

"L'employeur va devoir assumer ses responsabilités"

Mestdagh "va devoir assumer ses responsabilités dans le cadre de la loi Renault", a de son côté assuré Pierre-Yves Jeholet (MR), le ministre wallon de l'Emploi.

"Je comprends l'émoi que provoque une annonce comme celle-ci et je tiens à apporter tout mon soutien aux travailleurs et à leur famille", a-t-il indiqué.

"Contacts ont été pris avec les différentes délégations syndicales afin de faire savoir que j'étais disponible pour les rencontrer dans cette période de grande incertitude", a poursuivi le ministre.

"En parallèle, mon cabinet a pris contact avec le Forem pour anticiper le suivi et la mise en oeuvre d'une éventuelle cellule de crise et des mesures d'aide aux travailleurs", a-t-il ajouté.

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