Odebrecht nie avoir versé 100 millions de dollars de pots-de-vin

07/09/17 à 10:07 - Mise à jour à 16:28

Source: Afp

Le groupe brésilien Odebrecht a nié vendredi les accusations de l'ancienne procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, selon qui il aurait versé des pots-de-vin de 100 millions de dollars au N.2 du régime vénézuélien, Diosdado Cabello, pour obtenir des marchés.

Odebrecht nie avoir versé 100 millions de dollars de pots-de-vin

Logo du groupe brésilien Odebrecht. © REUTERS

Le groupe Odebrecht, l'un des plus grands groupes de construction d'Amérique latine, est au coeur d'un scandale de corruption qui secoue tout le continent, avec la constitution d'un cartel ayant truqué des marchés de sous-traitance de la compagnie pétrolière brésilienne d'État Petrobras et distribué des pots-de-vin à des hommes politiques.

100 millions de dollars de pots-de-vin

Le 24 août, à Brasilia, Mme Ortega, en fuite du Venezuela, avait accusé Odebrecht d'avoir versé 100 millions de dollars à Diosdado Cabello à travers une entreprise espagnole possédée par ses cousins.

De même, elle avait affirmé que "l'État vénézuélien avait payé 300 milliards de dollars d'argent public pour des chantiers actuellement paralysés".

 Luisa Ortega

Luisa Ortega © EFE

Après s'être initialement réfugiée en Colombie, Mme Ortega, ancienne chaviste entrée en dissidence et désormais relevée de ses fonctions au Venezuela, a entrepris une tournée à travers l'Amérique du Sud, au Brésil, au Costa Rica, et début septembre au Mexique, pour présenter les preuves dont elle disposerait de la corruption du régime vénézuélien du président Nicolas Maduro.

Accusation réfutée

Dans un communiqué de presse, le groupe Odebrecht affirme qu'après avoir fouillé dans ses archives et avoir revu tous les témoignages de ses collaborateurs ayant participé à l'enquête Lava Jato ("Lavage express") sur un gigantesque système de corruption au Brésil, "l'accusation selon laquelle il aurait payé 100 millions de dollars à Diosdado Cabello, ancien président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, ne tient pas".

Odebrecht, dont les principaux dirigeants ont signé un accord de collaboration avec la justice brésilienne en 2016, afin d'obtenir une réduction de leurs peines, a de même nié avoir reçu de l'argent "pour des chantiers non réalisés".

"Pacte du sang" entre Lula et Odebrecht

Mais le groupe n'en a pas fini avec les accusations et est au coeur d'une nouvelle polémique au Brésil. L'ex-ministre des Finances brésilien Antonio Palocci a affirmé mercredi à la justice que Luiz Inácio Lula da Silva (président de 2003 à 2010) avait passé "un pacte du sang" entre son Parti des travailleurs et l'entreprise Odebrecht.

M. Palocci, ancien homme fort des gouvernements de gauche des président Luiz Inácio Lula da Silva et Dilma Rousseff (2011-2016), a été condamné à plus de 12 ans de prison pour corruption, accusé d'avoir détourné plus de 10 millions de dollars pour financer des campagnes politiques.

Emprisonné depuis septembre 2016, Antonio Palocci a effectué cette confession devant le juge Sergio Moro. "Odebrecht a passé une sorte de pacte du sang avec le président Lula. Dans les derniers jours de son deuxième mandat il lui a apporté un paquet de pots-de-vin", a affirmé M. Palocci.

Luiz Inacio Lula da Silva

Luiz Inacio Lula da Silva © BELGAIMAGE

L'offre présentée par Emilio Odebrecht, ancien président de l'entreprise de construction, comprenait "la mise à disposition pour les activités politiques de Lula de 300 millions de reais", soit 171 millions de dollars au taux de change de 2010.

"J'étais en état de choc", a déclaré M. Palocci dans une des vidéos diffusées par le tribunal du juge Moro, considéré par de nombreux Brésiliens comme une icône dans la lutte contre la corruption. Palocci a déclaré qu'il avait été informé de ce pacte par Lula lui-même, au Palais d'Alvorada, la résidence présidentielle: "Il s'était également montré un peu surpris et avait dit: 'Il (Emilio Odebrecht) a fait cela parce qu'il se méfie beaucoup de Dilma'".

Ministre des Finances de Lula et chef de cabinet de Dilma Rousseff, M. Palocci affirme avoir recommandé à Lula de ne pas accepter cette proposition. Mais, selon l'ancien fonctionnaire, Lula aurait rencontré Odebrecht avec Rousseff et aurait dit à la présidente alors élue "de préserver les relations (avec Odebrecht) sous tous leurs aspects, légaux et illégaux".

Un nouveau mandat présidentiel pour Lula?

Sur sa page Facebook, Lula a réfuté ces accusations. "L'histoire que raconte Antonio Palocci contredit d'autres témoignages". Il note que le récit de l'ancien ministre "ne peut être compris que dans le contexte d'un homme emprisonné et condamné dans d'autres procès par le juge Sergio Moro", et qui tenterait de négocier une trahison récompensée "qui exige que les fausses accusations soient justifiées sans preuves contre l'ancien président Lula".

Lula, qui dans une semaine va témoigner devant le juge Moro pour un autre procès, est confrontée à cinq autres affaires. L'ancien dirigeant syndical, qui a quitté la présidence avec une popularité record, cherche à se présenter à la présidentielle d'octobre 2018. Mais si sa condamnation pour corruption passive est confirmée en deuxième instance, il ne pourra pas le faire.

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