Nobel d'économie: au fait, c'est quoi la théorie des contrats ?

11/10/16 à 11:54 - Mise à jour à 11:53

Source: Afp

Concessions autoroutières, salaires patronaux, contrats de travail... La théorie des contrats, développée par les prix Nobel d'économie Oliver Hart et Bengt Holmström, a permis de mieux comprendre les imperfections inhérentes aux accords passés entre les acteurs économiques, et leurs effets sur la société.

Nobel d'économie: au fait, c'est quoi la théorie des contrats ?

Oliver Hart et Bengt Holmström © Reuters

Le domaine de recherche étudié par les deux universitaires a eu le mérite de donner naissance à "un champ fertile de recherche fondamentale", avec de multiples implications sur la façon dont sont abordées les relations contractuelles, a estimé le jury du prix Nobel 2016 pour justifier cette récompense.

"La théorie du contrat, on l'utilise tous les jours. Ça a l'air abstrait, mais ça a des répercussions très importantes", confirme à l'AFP Thomas-Olivier Léautier, professeur à l'Ecole d'économie de Toulouse (sud de la France), et auteur d'une thèse réalisée sous la direction de Bengt Holmström et de Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014.

Au coeur des travaux menés par les deux chercheurs figurent les problèmes qui surviennent lors de l'élaboration de "contrats" entre l'Etat, les entreprises ou encore les individus. Avec l'ambition de définir les situations qui soient mutuellement profitables à ces acteurs économiques.

Pour l'économiste américano-britannique Oliver Hart, les contrats sont ainsi forcément "imparfaits", en raison des imprévus qui ne peuvent pas être pris en compte "ex ante" par les parties prenantes. D'où le nom donné à sa théorie, dite des "contrats incomplets".

"Il y a des choses qu'on ne peut pas anticiper", et qui ne peuvent donc pas être "écrites dans les contrats", résume Stéphane Saussier, professeur d'économie à la Sorbonne à Paris. "Cela implique de renégocier les relations contractuelles" en cours de route, détaille-t-il.

Ainsi en va-t-il des contrats de concession d'autoroutes, confrontés à des incertitudes en termes d'évolution du trafic par exemple, et régulièrement renégociés par l'Etat. Dans la théorie de Hart, c'est le "droit de propriété", ou la possession des actifs, qui va permettre d'exercer un contrôle "ex post" sur le contrat.

Primes et stock-options

L'économiste finlandais Bengt Holmström s'est pour sa part intéressé aux contrats de travail, et notamment aux questions de rémunération, en appelant à prendre en compte trois facteurs pour rendre ces contrats optimaux: l'"asymétrie de l'information", les "incertitudes" et les "divergences d'intérêts".

L'indexation de la rémunération du PDG d'un groupe pétrolier, par exemple, ne sera pas optimale si elle est indexée sur la performance de l'entreprise, car cette dernière dépend du prix du pétrole... sur laquelle il n'a pas prise. D'où la nécessité, dans ce cas précis, de calculer la performance à prix du pétrole constant.

Autre exemple avec les incitations économiques, inadaptées aux modèles de professions "multitâches" (effectuant plusieurs tâches en même temps): verser une prime aux policiers en fonction du nombre d'affaires résolues aura ainsi des effets pervers, puisqu'elle les poussera à délaisser leurs autres missions, comme la prévention.

Les travaux de Bengt Holmström "ont permis de formaliser des choses qui ne l'avaient pas été jusque-là", souligne Thomas-Olivier Léautier, pour qui ces travaux, "à un moment ou à l'autre, ont trouvé leur chemin dans les entreprises" et se sont "infusées dans la société".

C'est le cas notamment de ses réflexions sur le recours aux stock options pour la rémunération des grands patrons. Ces dernières, payantes à tous les coups, car trop peu contraignantes, sont progressivement remplacées par des "actions de performances", prenant en compte l'avenir de l'entreprise.

Grâce aux travaux des deux chercheurs, "nous avons maintenant les outils pour analyser non seulement les termes financiers des contrats, mais aussi l'allocation contractuelle des droits de contrôle, des droits de propriété, et des droits de décision entre les parties", a ainsi souligné lundi l'Académie royale des sciences.

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